Plan intégré d’import-substitution : Le Cameroun n’atteint aucun de ses objectifs
PremiumLancé en 2024, des réflexions sont en cours pour une prorogation jusqu’en 2030.
Le Plan intégré d’Import-substitution agro pastoral et halieutique (PIISAH) est le principal instrument opérationnel de la politique d’import-substitution sur le triennat 2024-2026 au Cameroun. Son objectif est de contribuer à la réduction du déficit de la balance commerciale, avec pour ambition de fond la réduction de 40% des importations des filières ciblées à l’hor…
Lancé en 2024, des réflexions sont en cours pour une prorogation jusqu’en 2030.
Le Plan intégré d’Import-substitution agro pastoral et halieutique (PIISAH) est le principal instrument opérationnel de la politique d’import-substitution sur le triennat 2024-2026 au Cameroun. Son objectif est de contribuer à la réduction du déficit de la balance commerciale, avec pour ambition de fond la réduction de 40% des importations des filières ciblées à l’horizon 2026. Pourtant à fin 2025, le niveau d’exécution n’est que de 15,95%. Clairement, un échec. La cause de cette contre-performance est imputable à plusieurs éléments. Afin de corriger les manquements, une prorogation est envisagée sur la période 2027-2030.
1 133 milliards de FCFA de déficit à combler
Le diagnostic financier du plan interpelle. D’un coût prévisionnel de 1 443 milliards de FCFA pour le triennat qu’il couvre, le PIISAH n’a pu mobiliser que moins de 110 milliards de FCFA à fin 2025, soit un trou de 1 333 milliards de FCFA à combler. Le taux de mobilisation est ainsi inférieur à 8% du coût global.
Sur la seule année 2025, 53 milliards de FCFA ont été alloués, dont 22,3 milliards de FCFA à la BC-PME et 19,9 milliards de FCFA à d’autres structures publiques telles que l’IRAD, UNVDA, Sodepa, SEMRY. Si le taux d’ordonnancement est de 94,14%, le niveau d’exécution reste à revoir avec un taux de moins de 20%, du fait « d’engagements provisionnels dont le déploiement est encore en cours », lit-on dans le Rapport sur l’économie camerounaise en 2025.
Performances en deçà des attentes
Le Plan fait face à 5 contraintes majeures. On évoque : des retards dans la maturation de projets structurants ; des contraintes agronomiques ; application insuffisante des mesures structurelles ; contraintes de trésorerie. Également, les capacités opérationnelles insuffisantes de la BC-PME qui n’a mis à disposition que 10 milliards de FCFA à fin mars 2026, sur un montant global transféré de 22 milliards de FCFA en 2025. Tenant compte de tous ces écarts, il serait impossible d’espérer un rendement satisfaisant du PIISAH au terme de l’échéance. En perspective, il est envisagé un prolongement du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique.
Des mesures urgentes à appliquer
De l’état des lieux, le Rapport souligne quelques avancées du PIISAH. Ainsi note-t-on des progrès en matière de maîtrise du foncier agricole avec la sécurisation de 350 464 hectares dans le cadre du Projet Plaine Centrale dont la première phase implique 400 000 hectares, extensibles à terme à 1 200 000 ha, ouverts aux promoteurs agro industriels. Par ailleurs, on relève l’aménagement de 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles et la réhabilitation de 4 428 hectares de périmètres rizicoles dans la plaine du Logone.
Sur un autre plan, 670 tonnes de semences certifiées ont été produites par l’IRAD (riz, maïs, sorgho, soja), pour un taux de réalisation de 96% de la cible annuelle en 2025. Les projets VIVA-LOGONE et VIVA-BENOUE ont réceptionné des équipements agricoles, 2 millions de tonnes d’engrais mises à la disposition des producteurs. 21 centres d’insémination artificielle seraient en cours de construction, d’après le document. Toutefois, la formation des acteurs a connu une progression, trois interprofessions de filières sont opérationnelles et 155 PME ont été accompagnées. Il faut cependant reconnaître que ces avancées se sont faites à un rythme globalement insuffisant. Le Plan jusqu’ici est resté inefficace.
En perspective, il est envisagé de poursuivre le PIISAH pour la période 2027-2030. Ceci devrait être assorti d’« une révision des cibles tenant compte des cycles réels de production et d’une garantie de ressources annuelles effectivement décaissées ».
Pour réussir cette opération, trois principales mesures devraient être appliquées. La révision du mécanisme de financement des opérateurs privés, avec la mobilisation de banques locales au-delà de la BC-PME et l’accompagnement direct des opérateurs disposant de projets matures ; l’application effective et immédiates mesures structurelles et le renforcement des capacités des administrations sectorielles chargées de la mise en œuvre.
Le PIISAH poursuit trois principaux objectifs : Faciliter le développement des actions du secteur privé dans le domaine agropastoral sur des espaces sécurisés et aménagés ; contribuer à l’augmentation significative de la production et de la disponibilité des produits locaux de grande consommation et créer un environnement favorable au développement des activités agropastorales. Aucun de ces objectifs n’est complètement atteint à ce jour. Il reste donc encore du chemin au Cameroun pour combler ses attentes.
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