Cession de Sosucam : Le débat sur le contrôle du capital rebondit
PremiumAu moment où le gouvernement examine encore le projet de cession de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) à un consortium d’investisseurs camerounais, une proposition alternative chiffre à 200 milliards de FCFA les besoins de restructuration de l’entreprise et préconise un financement privé sous contrôle public.
Le gouvernement camerounais a suspendu, le 16 août 2026, la cession des 82 % détenus par le groupe français Somdiaa dans la…
Au moment où le gouvernement examine encore le projet de cession de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) à un consortium d’investisseurs camerounais, une proposition alternative chiffre à 200 milliards de FCFA les besoins de restructuration de l’entreprise et préconise un financement privé sous contrôle public.
Le gouvernement camerounais a suspendu, le 16 août 2026, la cession des 82 % détenus par le groupe français Somdiaa dans la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM). Trois jours plus tôt, ce groupe avait pourtant signé un accord cédant sa participation majoritaire à un consortium de cinq investisseurs camerounais conduit par Joseph Pagop Noupoué. C’est dans ce contexte qu’un citoyen, Martin Ngongo Ottou, a adressé au Premier ministre une lettre ouverte datée du 31 août 2026. Il y réclame une tout autre issue, la nationalisation pure et simple de l’entreprise, assortie d’un plan de financement entièrement privé.
Le texte, intitulé « Proposition de doctrine souveraine pour le secteur sucrier », ne constitue pas une position officielle. Il s’agit d’une contribution citoyenne, qui s’inscrit néanmoins dans un calendrier institutionnel précis. Un comité stratégique de pilotage (CSP), institué par les services du Premier ministre pour examiner l’ensemble des implications de l’opération Somdiaa, dispose de six mois pour formuler ses recommandations.
L’auteur de la lettre sus-évoquée demande au gouvernement de « daigner instruire la nationalisation de la SOSUCAM afin d’en faire une société à capital entièrement public », portée par la Société Nationale d’Investissement (SNI) comme véhicule de portage. Il propose ensuite l’ouverture de négociations exclusives d’une durée de huit mois avec un « Opérateur Gestionnaire-Investisseur privé international de référence ». Cet opérateur serait chargé de réaliser les audits préalables (dette, CAPEX, climat social) et de concevoir un Schéma Directeur Sucrier National couvrant la période 2027 à 2037, apprend-on.
Selon la lettre dont L’Economie a obtenu copie en exclusivité, l’opérateur s’engagerait à mobiliser une enveloppe de 200 milliards de FCFA pour « apurer l’intégralité de la dette vérifiée et financer la réhabilitation complète de l’outil de production ». En contrepartie, il obtiendrait un mandat de gouvernance stratégique et opérationnelle d’une durée de quinze ans, présenté dans le texte comme « la seule et unique sûreté » de l’investisseur, en l’absence de garantie souveraine de l’État.
Pour justifier ce montage, Martin Ngongo Ottou mobilise plusieurs références de théorie économique. Il cite notamment les travaux de Jensen et Meckling sur les coûts d’agence, ceux d’Oliver Williamson sur la gouvernance hybride des actifs à forte spécificité de site, ainsi qu’une étude de la Banque mondiale de 1995 sur les sucriers africains. Cette étude est invoquée pour soutenir qu’une restructuration sous propriété publique assortie d’un mandat de gestion privée aurait, par le passé, mieux réussi qu’une privatisation directe.
Un second volet, distinct de la SOSUCAM existante
Au-delà du sort de l’entreprise actuelle, capable même réhabilitée, de ne produire que 130 000 tonnes, la lettre défend un second chantier. Elle propose un Schéma Directeur destiné à répondre à une demande nationale projetée à 600 000 tonnes à l’horizon 2037. Le texte évoque la sécurisation de nouveaux bassins sucriers, notamment ceux de la Bénoué, du Moungo et de Nachtigal, ainsi que la construction d’une raffinerie nationale et un calendrier de réduction progressive des importations, jusqu’à leur interdiction totale pour le sucre raffiné en 2037. Ce volet, chiffré à environ 1 312 milliards de FCFA sur dix ans, serait lui aussi financé, selon l’auteur, entièrement par des capitaux privés et des investissements directs étrangers, sans décaissement public.
Le contexte du dossier
La SOSUCAM est l’héritière des actifs de l’ex-CAMSUCO, privatisée en 1998. Elle demeure le principal producteur industriel de sucre du pays, implantée à Mbandjock et Nkoteng, dans la région du Centre. Le processus de retrait de Somdiaa, filiale du groupe Castel, avait été engagé publiquement dès juin 2026, lors d’une séance de travail présidée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute. Celui-ci avait alors exigé que le groupe français assure la campagne sucrière 2026-2027 avant toute cession de ses parts.
L’annonce du 13 août était par ailleurs intervenue sur fond de tensions internes à la famille Castel. Romy Castel, fille du fondateur Pierre Castel, avait publiquement pris position contre le projet de cession dès le mois de juin.
Toutefois, la lettre de Martin Ngongo Ottou ne représente pas une position officielle, mais elle rejoint les autres appels, notamment ceux du patronat, en faveur d’une clarification rapide du cadre économique national. Le sort de la SOSUCAM demeure, à ce stade, entre les mains du comité stratégique de pilotage, dont les conclusions sont attendues au premier trimestre 2027.
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