Filière coton : Le rebond mondial profite peu au Cameroun et au Tchad

Alors que les cours mondiaux du coton ont progressé de 35 % depuis leur point bas de février 2026, le Cameroun et le Tchad voient leur production reculer. Entre baisse des rendements, renchérissement des intrants et faibles capacités de transformation, les deux pays peinent à tirer parti d’un marché redevenu favorable.
Le marché mondial du coton retrouve des couleurs. Selon le rapport de recherche publié en juillet 2026 par Afreximbank, les cours ont progressé de 35 % depuis leur point bas de février, soutenus par un resserrement de l’offre et la reprise de la demande chinoise. Cette amélioration intervient alors que les principaux indicateurs du marché signalent une tension croissante entre production et consommation.
D’après les données de l’USDA citées par la banque, la production mondiale devrait s’établir à 116 millions de balles au cours de la campagne 2026/27, contre 122,7 millions la saison précédente, soit un recul de 5,5 %. Dans le même temps, la consommation des filatures devrait atteindre environ 122 millions de balles. La demande mondiale dépasserait ainsi la production, entraînant une baisse des stocks mondiaux à leur plus bas niveau depuis la campagne 2018/19.
Le ratio stocks sur utilisation devrait passer de 63,8 % à 58,4 %. Pour Afreximbank, cette évolution constitue un changement structurel du marché et contribue à soutenir les prix. La remontée des cours bénéficie également de la hausse du coût des fibres synthétiques. Les perturbations temporaires du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont notamment entraîné une progression des prix du pétrole et du naphta, renchérissant le polyester, principal concurrent du coton.
L’Afrique centrale perd du terrain
Cette conjoncture favorable contraste avec l’évolution de la production dans plusieurs pays producteurs africains. Le Cameroun, le Tchad et le Mali devraient produire ensemble environ 1,3 million de balles au cours de la campagne en cours, contre 1,9 million en 2021/22. En cinq ans, le recul atteint ainsi près d’un tiers.
Afreximbank attribue cette évolution à plusieurs facteurs, notamment les conditions météorologiques défavorables, la hausse du coût des intrants et des difficultés persistantes de productivité. Ces contraintes réduisent les volumes disponibles pour l’exportation au moment où le marché mondial redevient plus rémunérateur.
Le décrochage intervient également dans un environnement concurrentiel plus exigeant. Le Brésil, devenu premier exportateur mondial de coton, dispose d’une agriculture commerciale à grande échelle, d’infrastructures logistiques adaptées et de coûts de production compétitifs. Ces avantages lui permettent d’accroître ses exportations et de consolider sa présence auprès des acheteurs asiatiques.
Les producteurs africains disposent pourtant d’atouts recherchés par les filatures, notamment la traçabilité et le faible niveau de contamination de leur fibre. Mais ces avantages restent insuffisants face à des concurrents capables de mobiliser des volumes plus importants et de mieux intégrer production, logistique et commercialisation.
Afreximbank, encourage la mise en place de zones économiques spéciales consacrées à la transformation du coton au Cameroun et au Tchad. L’objectif est de capter davantage de valeur localement plutôt que de continuer à privilégier l’exportation de fibre brute. L’expérience du Bénin est citée comme illustration du potentiel de cette stratégie. La transformation locale peut, selon le rapport, multiplier par vingt la valeur du coton exporté.
Pour le Cameroun et le Tchad, le défi consiste désormais à transformer cette fenêtre de marché en opportunité industrielle. La remontée des cours offre un contexte favorable, mais la faiblesse des volumes et les contraintes de productivité limitent encore les capacités des deux pays à en tirer pleinement profit.
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