Camair-Co : Deux avions immobilisés en Éthiopie continuent de peser sur les comptes de la compagnie aérienne

Près d’un milliard de FCFA seulement restait disponible pour achever la remise en état de deux appareils après l’engagement de 14 milliards sur l’enveloppe de 15 milliards destinée au renforcement de la flotte. Immobilisés en Éthiopie faute de financement, ces avions continuent pourtant de générer des charges d’assurance et d’amortissement, sans aucune recette d’exploitation.
Deux avions qui ne volent pas, mais qui continuent de coûter. C’est l’un des paradoxes les plus lourds de la gestion de la flotte de Camair-Co, mis en évidence par l’audit de la Chambre des Comptes sur les exercices 2018 à 2023. Alors que la compagnie nationale devait consacrer 15 milliards de FCFA au renforcement de sa flotte, environ 14 milliards de FCFA avaient déjà été engagés pour remettre en exploitation deux Dash Q400 et un Boeing 737-700.
Il ne restait dès lors qu’environ 1 milliard de FCFA pour financer la remise en état d’un second Boeing 737-700 et la transformation en avion-cargo d’un autre appareil. Faute de ressources suffisantes, les deux avions sont restés immobilisés en maintenance en Éthiopie.
Le problème ne s’arrête toutefois pas à l’immobilisation des appareils. Même cloués au sol, ils continuent de peser sur les comptes de Camair-Co. Le rapport de la plus haute juridiction financière du Cameroun, consulté par L’Economie relève notamment la persistance des charges d’assurance et d’amortissement. Ces dépenses sont engagées sans qu’aucun revenu d’exploitation ne soit généré par les appareils concernés.
Des avions au sol, des charges toujours actives
Le rapport précise que l’appareil toujours immobilisé continue de générer des « charges significatives », notamment au titre des assurances et des amortissements. La compagnie supporte donc des dépenses liées à des aéronefs qui ne participent pas à son activité commerciale.
Le coût exact des deux appareils ne peut toutefois pas être isolé à partir des données publiées. Le rapport ne fournit pas, avion par avion, le montant des primes d’assurance ou des dotations aux amortissements correspondant à leur immobilisation. Les comptes permettent néanmoins de mesurer le poids croissant des amortissements dans l’économie générale de la compagnie. Les dotations sont passées de 5,77 milliards de FCFA en 2018 à 8,56 milliards en 2023. Elles représentaient en moyenne 22,83 % des charges d’exploitation sur la période et pouvaient atteindre 73,71 % du chiffre d’affaires.
Cette progression est particulièrement significative dans une entreprise dont la flotte demeure insuffisamment productive. Entre 2020 et 2023, les dotations aux amortissements ont augmenté de près de 3 milliards de FCFA. À ces charges s’ajoutent les assurances liées aux appareils. Le rapport indique que les assurances risque d’exploitation avions représentaient en moyenne 11,54 % du chiffre d’affaires sur la période auditée. Là encore, les données du document ne permettent pas d’attribuer une fraction précise de cette charge aux deux appareils immobilisés.
L’appareil désigné dans le rapport comme le « Dja » est immobilisé à Addis-Abeba depuis 2018. Il n’a jamais été remis en exploitation. En décembre 2024, le gouvernement camerounais recherchait encore un consultant chargé d’organiser sa vente. Autrement dit, après plusieurs années d’immobilisation, l’option retenue s’est progressivement déplacée de la remise en service vers la cession de l’appareil.
Le second appareil a connu une trajectoire différente. Le Boeing 737-700 finalement remis en service n’a repris les opérations qu’en juillet 2022, après plus de trois années d’immobilisation. Il avait été immobilisé initialement en février 2019. Dans les deux cas, le délai entre l’immobilisation et la remise en exploitation, ou la décision de céder l’appareil, traduit le coût d’une flotte qui n’est pas immédiatement disponible.
Une flotte qui pèse sur une compagnie déjà déficitaire
Entre 2020 et 2023, les pertes cumulées de Camair-Co se sont encore alourdies de 53 milliards de FCFA. Les capitaux propres, déjà négatifs, atteignaient -58 milliards de FCFA à fin 2023. La situation financière de la compagnie a certes bénéficié en 2022 de la reprise par l’État de 86,79 milliards de FCFA de dettes. Cette opération avait permis aux capitaux propres de remonter temporairement de -118,2 milliards à -44,7 milliards de FCFA. Mais cette amélioration n’a pas correspondu à un retour à la rentabilité. Dès 2023, les capitaux propres se sont de nouveau dégradés, à -58 milliards de FCFA.
Le problème ne tient donc pas uniquement au fait que deux avions soient restés en Éthiopie. Il réside dans le décalage entre l’argent engagé et la capacité effectivement obtenue. Sur les 15 milliards de FCFA destinés au renforcement de la flotte, environ 14 milliards ont été consommés pour remettre en exploitation trois appareils. Les ressources restantes n’ont pas permis de finaliser les travaux sur les deux autres.
La compagnie s’est ainsi retrouvée avec une partie de sa flotte opérationnelle, tandis que deux appareils continuaient à générer des charges sans produire de recettes. Ce déséquilibre prend une dimension particulière dans une entreprise où les coûts fixes restent élevés et où la rentabilité des dessertes est déjà problématique. Les rapports du contrôleur de gestion cités dans l’audit indiquent qu’aucune desserte de Camair-Co n’était rentable sur la période examinée.
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