Camair-Co : Six ans après l’instruction présidentielle, l’ouverture du capital à un partenaire privé reste sans suite

En 2020, l’État envisageait de céder 51 % du capital de la compagnie aérienne nationale à un partenaire stratégique privé pour accompagner sa restructuration. Cinq ans plus tard, la trajectoire s’est infléchie vers l’assainissement financier et le soutien public, avec un nouveau programme d’investissement de 94,5 milliards de FCFA.
En juillet 2020, l’État camerounais avait fixé une feuille de route pour tenter de sauver Camair-Co. Il fallait restructurer la compagnie, assainir sa situation financière et ouvrir 51 % de son capital à un partenaire stratégique privé. Cinq ans plus tard, la Chambre des Comptes de la Cour suprême, dans son rapport d’audit de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-CO), publié le 6 aout 2026, constate que le plan attendu n’a jamais été élaboré. Les mesures engagées sont restées partielles et n’ont pas permis d’inverser durablement la trajectoire financière de la compagnie nationale.
Le constat est d’autant plus sévère qu’il fait écho à un précédent. En 2016 déjà, un plan de relance approuvé au plus haut niveau de l’État n’avait pas été pleinement exécuté. Deux plans présidentiels, deux séquences de sauvetage, et toujours la même difficulté à transformer les décisions en programme opérationnel.
L’instruction du 14 juillet 2020
À l’été 2020, Camair-Co est déjà dans une situation financière critique. Au 31 décembre 2019, la compagnie affiche 101,5 milliards de FCFA de pertes cumulées et des capitaux propres négatifs de 91,9 milliards de FCFA. La crise sanitaire vient aggraver une situation déjà fortement dégradée. Depuis juin, environ deux tiers du personnel sont en congé technique et les arriérés de salaires s’accumulent.
C’est dans ce contexte que le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, adresse, le 14 juillet 2020, une correspondance au Premier ministre Joseph Dion Ngute. L’instruction présidentielle est alors de préparer, avec les administrations et organismes concernés, un plan de restructuration, de relance et de développement de Camair-Co, destiné notamment à ouvrir 51 % du capital de la compagnie à « un partenaire stratégique privé », conformément à son texte constitutif.
L’option du partenariat stratégique n’était d’ailleurs pas totalement nouvelle. Quelques semaines auparavant, le président du conseil d’administration de l’époque, Jean Ernest Ngalle Bibehe, avait demandé à la direction générale de poursuivre les démarches relatives à un partenariat avec des compagnies aériennes internationales, dont Emirates et Qatar Airways. Ethiopian Airlines et un investisseur ukrainien avaient également été cités dans les discussions de l’époque.
L’instruction présidentielle devait donc constituer le point de départ d’une opération structurée. Elle ne l’aura finalement pas été.
Un plan qui n’a jamais été élaboré
C’est l’un des principaux enseignements du rapport définitif de la Chambre des Comptes consacré à l’audit de Camair-Co sur les exercices 2018 à 2023. Publié dans son site internet le 6 août 2026, le document constate que le plan global de restructuration, de relance et de développement demandé en 2020 n’a pas été élaboré conformément aux instructions présidentielles. Des mesures ont pourtant été prises. Mais elles sont restées « dispersées » et n’ont pas « constitué le programme d’ensemble attendu ».
L’État a notamment repris 86,79 milliards de FCFA de dettes de Camair-Co. Cette opération a contribué à améliorer temporairement la situation des capitaux propres, passés de -118,2 milliards à -44,6 milliards de FCFA à fin 2022. Mais la Chambre des Comptes relève que les lettres de subrogation entre l’État et les créanciers de la compagnie, nécessaires à la finalisation juridique de l’opération, n’étaient toujours pas achevées.
Autre difficulté, le patrimoine provenant de l’ancienne Cameroon Airlines a bien été transféré physiquement à Camair-Co. Mais ces actifs n’ont pas été intégrés à la comptabilité de la compagnie. Ils n’ont donc pas produit l’effet attendu sur le renforcement de ses fonds propres.
La juridiction financière relève également l’absence d’augmentation de capital en numéraire ou de subvention d’exploitation permettant de ramener durablement l’entreprise à l’équilibre. Surtout, aucune mise en œuvre concrète de l’ouverture de 51 % du capital à un partenaire stratégique privé n’apparaît dans les éléments examinés par la Chambre des Comptes. Le dispositif annoncé en 2020 s’est ainsi réduit à une succession de mesures sans véritable plan directeur.
Une situation financière toujours dégradée
L’effet de cette exécution partielle est visible dans les comptes. Entre 2020 et 2023, les pertes de Camair-Co se sont encore accrues de 53 milliards de FCFA. Au 31 décembre 2023, les capitaux propres demeurent négatifs, à hauteur d’environ 58 milliards de FCFA.
La Chambre des Comptes porte également un regard critique sur les conditions d’exploitation de la compagnie. Elle relève que les dirigeants ont continué à fonctionner sur la base de budgets déficitaires alors qu’aucune des dessertes exploitées par Camair-Co n’était rentable. Pour la juridiction financière, cette situation est contraire aux intérêts de la compagnie et de l’État, son principal actionnaire.
La première recommandation du rapport est dès lors particulièrement significative. Elle demande au Premier ministre, chef du gouvernement, de faire élaborer un plan de restructuration, de relance et de développement de Camair-Co.
Autrement dit, cinq ans après l’instruction présidentielle de 2020, l’administration en est toujours à demander la formalisation du plan qui devait précisément permettre de sortir la compagnie de la crise.
2016, puis 2020 : le précédent qui interpelle
L’épisode de 2020 n’est pas isolé. Quatre ans auparavant, Camair-Co avait déjà bénéficié d’un plan de relance approuvé par le président de la République.
Le 25 juillet 2016, Paul Biya avait validé un programme élaboré avec Boeing Consulting. Celui-ci prévoyait notamment une injection de 91,5 millions d’euros, l’acquisition de neuf appareils et l’ouverture de 27 nouvelles dessertes, avec l’ambition de porter la flotte à 14 avions à l’horizon 2019.
Le cabinet devait accompagner la restructuration pendant 18 mois. Ce programme n’a toutefois pas produit les résultats attendus. Les objectifs de flotte, de réseau et de redressement financier n’ont pas été atteints dans les proportions annoncées.
Le rapprochement avec l’épisode de 2020 est difficile à ignorer. Dans les deux cas, l’État définit au sommet une stratégie de sortie de crise. Dans les deux cas, des mesures sont engagées. Mais dans aucun des deux cas, le dispositif initial ne semble avoir été conduit jusqu’à son terme.
Le problème de Camair-Co apparaît donc moins comme une absence de décisions que comme une difficulté persistante à assurer leur exécution, leur coordination et leur suivi.
Le virage vers une solution publique
Depuis 2025, la stratégie semble avoir évolué. Alors que l’instruction de 2020 plaçait l’ouverture de 51 % du capital à un partenaire privé au cœur du dispositif, l’État a engagé une nouvelle séquence fondée d’abord sur l’assainissement financier et la recapitalisation de la compagnie.
Fin 2025, le capital social de Camair-Co a ainsi été ramené à environ 21,7 milliards de FCFA après absorption comptable d’une partie des pertes accumulées. Cette opération devait servir de base à un nouveau programme d’investissement évalué à 94,5 milliards de FCFA sur la période 2024-2028, notamment consacré au renouvellement de la flotte et au développement du réseau régional.
L’entrée d’investisseurs privés n’est pas totalement absente des perspectives évoquées autour de la compagnie. Mais elle apparaît désormais davantage comme une option susceptible d’intervenir après l’assainissement de l’entreprise que comme une opération immédiatement programmée.
La différence est importante. En 2020, le partenaire stratégique privé devait constituer le pivot de la restructuration. En 2025-2026, la séquence engagée repose d’abord sur l’intervention de l’État. À ce jour, aucun élément public ne permet toutefois d’établir que l’instruction de 2020 a été officiellement abrogée. Elle semble plutôt avoir été dépassée par une nouvelle stratégie, sans qu’un calendrier précis d’ouverture du capital ne soit venu clarifier la trajectoire.
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