Cameroun : La Bourse nationale des déchets défend son rôle face aux réserves du GECAM

Après les réserves formulées par le patronat sur l’application de la plateforme sur le terrain, la direction de la BND défend un dispositif qui vise à numériser la traçabilité des déchets et à mieux structurer un marché encore largement informel.
Le différend autour de la Bourse Nationale des Déchets (BND) prend une nouvelle tournure. Au lendemain de la publication du journal L’Économie portant sur des réserves du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) sur l’application de la circulaire du 12 février 2026, la direction de la BND apporte sa version des faits. L’un des cadres de la bourse qui a requis l’anonymat, conteste l’idée selon laquelle la « Bourse imposerait un nouveau dispositif aux entreprises ou passerait outre une instruction gouvernementale ».
Selon lui, la BND s’inscrit dans un processus engagé depuis les Assises nationales sur les déchets de 2016. Sa création, officialisée en 2025, repose sur un modèle de société d’économie mixte associant l’État, les collectivités territoriales et des entreprises privées. D’ailleurs, explique-t-il, la société est appelée à occuper une place centrale dans la gestion circulaire des déchets au Cameroun.
Une réforme davantage qu’un nouveau marché
En effet, explique notre source, la BND n’a pas vocation à se substituer aux opérateurs de collecte ou de traitement. « La Bourse nationale des déchets travaille sur un processus réglementaire qui existe déjà. Ce qui était fait avant de manière physique a été numérisé », apprend-on. La principale évolution résiderait ainsi dans le passage du manifeste de traçabilité papier à un dispositif numérique accessible via la plateforme.
La BND entend surtout organiser la rencontre entre l’offre et la demande de déchets valorisables. Cette fonction avait déjà été présentée par le MINEPDED comme l’un des objectifs de la plateforme : favoriser la réutilisation, la transformation et le recyclage des déchets afin de développer une économie circulaire.
La directrice défend également la fonction de traçabilité. « Il s’agit de capter tous les déchets depuis leur lieu de génération pour disposer de statistiques et de données », affirme-t-elle. L’objectif est de pouvoir suivre le déchet jusqu’à sa destination finale, qu’il soit valorisé, transformé ou éliminé.
Cette dimension statistique constitue un enjeu économique moins visible du débat. En permettant de mieux connaître les volumes, les catégories et les circuits de déchets, la plateforme peut contribuer à structurer des filières aujourd’hui fragmentées et à orienter les investissements vers le recyclage et la valorisation.
Par ailleurs, la BND réfute l’idée d’un monopole. Elle « a juste un rôle de régulateur du marché », et non de collecteur. Son intervention consiste notamment à vérifier la conformité réglementaire des acteurs avant l’émission du manifeste de traçabilité.
Sur la contestation du GECAM, l’on apprend qu’elle découle d’une interprétation différente de la circulaire ministérielle, car, le ministre de l’Environnement « a répondu au plaidoyer du patronat auprès des Services du Premier ministre », avec les documents juridiques et institutionnels relatifs à la BND. « Jusqu’à présent, la lettre circulaire qui rend opératoire la Bourse nationale des déchets n’a pas été suspendue », nous confie notre source.
Cette version reste toutefois à confronter aux documents échangés entre la Primature, le MINEPDED et le GECAM. Le cœur du dossier demeure donc l’articulation entre la décision gouvernementale évoquée par le patronat et le dispositif réglementaire qui rend opérationnelle la BND.
Au-delà de cette controverse, le projet répond à une problématique structurelle : transformer le déchet d’un coût d’assainissement en ressource économique. Le MINEPDED présente précisément la BND comme un instrument destiné à mettre en relation producteurs et opérateurs de valorisation. Le débat porte désormais sur les conditions dans lesquelles cette ambition peut être déployée sans créer d’incertitude pour les entreprises concernées.
Recevez notre briefing économique
Tous les jours avant 10h dans votre boîte mail





