Projet hydro-solaire de Bini à Warak : Treize ans de reports, un nouveau contrat et toujours pas de financement bouclé

Attribué à Sinohydro en 2013, repris par Savannah Energy en 2023, le projet hydro-solaire de l’Adamaoua attend encore sa concrétisation. Un nouvel accord signé en octobre 2026 relance le processus, mais le financement reste à sécuriser et le démarrage des travaux est désormais programmé à partir de 2029.
Bini à Warak change une nouvelle fois de cadre contractuel, sans avoir encore franchi le seuil décisif du financement. Le groupe britannique Savannah Energy a annoncé, le 30 octobre 2026, la signature d’un accord de développement conjoint (Joint Development Agreement, JDA) avec l’État du Cameroun. Ce document établit le cadre de collaboration pour poursuivre le développement du complexe hydro-solaire de 95 MW dans l’Adamaoua. Il ne constitue toutefois ni une clôture financière ni un ordre de démarrage des travaux.
Le dossier porte les traces de treize années de reports. Le 7 février 2013, le gouvernement avait confié à la société chinoise Sinohydro Corporation Limited un contrat clé en main pour la construction d’un barrage hydroélectrique de 75 MW. Le financement du projet a été suspendu en 2019, interrompant son développement. En avril 2023, l’État s’est tourné vers Savannah Energy RCM Limited, filiale du groupe britannique, avec un protocole d’accord destiné à poursuivre le projet sous la forme d’un producteur indépendant d’électricité (IPP).
La nouvelle configuration ajoute une composante solaire de 40 MW à l’aménagement hydroélectrique. La puissance totale annoncée atteint ainsi 95 MW, contre 75 MW dans le projet initial. Une divergence subsiste toutefois dans les documents publics : le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029 retient une capacité de 90 MW. Aucune explication officielle de cet écart n’a été identifiée.
393 milliards FCFA programmés, mais pas encore mobilisés
Le coût de 393 milliards de FCFA inscrit dans la programmation gouvernementale donne une indication de l’ampleur financière du projet. Il ne correspond cependant pas à des ressources déjà réunies. Le montage repose sur un partenariat public-privé, dans lequel le développeur doit mobiliser les capitaux nécessaires, construire les installations puis commercialiser l’électricité selon des conditions contractuelles à définir.
Or, la communication de Savannah Energy du 30 octobre ne précise ni le montant actualisé de l’investissement, ni les financements déjà sécurisés, ni le tarif de vente du courant. Le groupe ne fournit pas non plus de nouvelle date de clôture financière. Dans son calendrier antérieur, il visait cette clôture au troisième trimestre 2028, une première production solaire en 2030, puis la mise en service de la composante hydroélectrique environ quatre ans après l’approbation définitive du projet.
Le calendrier gouvernemental prévoit, pour sa part, une mise en œuvre de 2029 à 2033. L’écart entre les annonces successives et les échéances désormais retenues traduit le retard accumulé. Même dans le scénario actuel, le septentrion devra encore patienter avant de bénéficier de l’électricité attendue.
L’État veut solder les comptes de Sinohydro
Avant cette nouvelle phase, le gouvernement doit aussi établir le bilan de la première tentative. Le 11 septembre 2026, le ministère de l’Eau et de l’Énergie a attribué au groupement Brainstorm Consulting SARL/Moore Stephen CA/Labogext un marché de 47,5 millions de FCFA TTC pour un audit technique et financier. Le délai d’exécution est fixé à trois mois.
La mission doit vérifier les travaux réellement effectués, les investissements déclarés, les factures soumises au paiement auprès de la banque ICBC ou de l’État, ainsi que la situation du service de la dette et des fonds de contrepartie. Ses conclusions seront déterminantes pour connaître le coût réel de la première phase et les engagements qui restent à solder. Au 5 novembre 2026, aucun rapport final n’a été identifié dans les documents consultés.
Sur le terrain, les indemnisations constituent l’un des rares résultats tangibles de cette longue attente. Du 26 au 29 juin 2026, 985 millions de FCFA ont été versés à 736 personnes dans 19 villages de l’arrondissement de Ngan-Ha, au titre des pertes foncières et des biens affectés par les emprises du projet.
Ces paiements règlent une partie des contraintes foncières, mais ne garantissent ni la mobilisation des financements ni le lancement du chantier. Bini à Warak reste ainsi confronté à sa principale épreuve : passer des accords et des programmations à une infrastructure effectivement financée, construite et raccordée au réseau électrique du Nord.
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