Le rideau tombe sur l’une des plus longues présences bancaires étrangères au Cameroun. En début du mois d’avril 2026, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) a officiellement validé la nationalisation de Société Générale Cameroun (SGC), donnant force réglementaire à une opération engagée le 15 juillet 2025. L’État du Cameroun contrôle désormais 83,68 % du capital de la filiale locale de la Société Générale, après avoir récupéré les 58,08 % détenus par la maison mère, pour un montant global de 129 milliards de FCFA, soit environ 230,5 millions de dollars, toutes taxes comprises.
Ce que Yaoundé récupère n’est pas une coquille vide. La note d’information de la banque que L’Economie a pu consulter en date du 7 mai 2026, à l’occasion de cette transition dresse le tableau d’une institution au bilan sain, aux ratios prudentiels qui surpassent les normes réglementaires et à la clientèle consolidée sur plusieurs générations.
Bien que le groupe Société Générale ait eu des intérêts en Afrique dès le début du XXe siècle, la filiale camerounaise telle qu’on la connaît aujourd’hui naît officiellement en 1963. Rebaptisée Société Générale de Banques au Cameroun (SGBC), puis Société Générale Cameroun en 2013, l’institution s’est construite en traversant des décennies de turbulences économiques.
« Société Générale Cameroun a traversé des crises de liquidité régionales qui auraient pu faire vaciller d’autres institutions, enduré des chocs pétroliers dévastateurs, navigué à travers des réformes monétaires profondes et parfois déstabilisantes et s’est adaptée avec agilité aux reconfigurations réglementaires successives, sans jamais compromettre l’intégrité de son bilan financier », peut-on lire dans la note d’information.
Au fil de ces six décennies, la banque s’est positionnée comme la deuxième plus grande banque du Cameroun, avec un portefeuille de plus de 250 000 clients couvrant des acteurs institutionnels, des grandes entreprises, des PME, des particuliers et des professionnels.
Des chiffres au-dessus des normes COBAC
C’est sur le terrain des ratios prudentiels que l’héritage laissé se mesure le plus précisément. La note d’information supra évoquée livre des données qui situent Société Générale Cameroun parmi les établissements les mieux capitalisés de la sous-région CEMAC.
« Les fonds propres nets ont atteint le chiffre exceptionnel de 138 milliards de FCFA au 31 mars 2026. Ce niveau exceptionnel de capitalisation témoigne d’une gestion financière d’une grande rigueur et est le reflet indéniable d’une institution en bonne santé », indique le document.
Le ratio de couverture des risques constitue à lui seul un indicateur important : « Le ratio de couverture des risques, véritable baromètre de la capacité de la banque à faire face aux imprévus, s’élevait à un niveau de 20,5 % au 31 mars 2026. Ce chiffre représente presque le double de la norme minimale de 11,5 % fixée pour une banque systémique, propulsant ainsi Société Générale Cameroun parmi les établissements bancaires les mieux capitalisés de toute la sous-région. »
Sur la liquidité, la banque affiche également une position de force : « Le ratio de liquidité affichait à la même échéance un taux confortable de 211 %, bien au-delà de la norme minimale de 100 %. Ce niveau exceptionnel témoigne d’une gestion exemplaire de l’actif et du passif, garantissant une absence totale de vulnérabilité à court terme », lit-on.
Un actif stratégique sur le marché financier régional
Au-delà du bilan bancaire stricto sensu, Société Générale Cameroun a contribué à façonner l’architecture du marché financier camerounais. Par le biais de sa filiale de bourse, la banque a structuré les trois premières et uniques introductions en bourse intervenues sur le Douala Stock Exchange, en 2006, 2008 et 2009, et co-arrangé l’émission obligataire inaugurale de l’État du Cameroun en 2010, pour un montant record de 200 milliards de FCFA sur le marché financier national. Elle a également assuré, à plusieurs reprises, le rôle d’arrangeur ou de co-arrangeur des emprunts obligataires de l’État camerounais sur le marché régional.
« Au vu de ces données, la cession en cours doit être interprétée comme une transition stratégique de gouvernance, intervenant à un moment où la banque est au meilleur de sa forme financière. Le futur acquéreur héritera d’une institution dont les piliers fondamentaux sont solides, dotée d’un réseau commercial profondément ancré dans le paysage économique et d’une excellente réputation, bâtie sur l’exigence, la confiance et l’intégrité », peut-on lire dans la note.
Ce que le groupe français laisse à l’État du Cameroun, c’est en somme une banque opérationnelle, rentable, conforme aux exigences réglementaires les plus strictes et dotée d’un réseau commercial constitué sur soixante ans. La cession de la filiale camerounaise s’inscrit dans le cadre d’un recentrage stratégique plus large du groupe Société Générale, qui depuis mi-2023 vend ses filiales africaines une à une.
Pour Yaoundé, la valeur de la transaction dépasse le seul montant des 129 milliards de FCFA déboursés. Elle tient dans les 250 000 relations clients, les ratios prudentiels au-dessus des normes, les 138 milliards de fonds propres nets et une légitimité institutionnelle construite sur plus d’un demi-siècle. C’est cet ensemble que l’État camerounais a désormais la charge de faire fructifier.
