C’est l’un des volets les plus structurants du protocole d’accord signé le 28 avril 2026 entre la Communauté urbaine de Douala et le groupe Huawei. La CUD envisage la digitalisation d’environ 200 000 dossiers fonciers ainsi que l’introduction d’un certificat de possession numérique, avec pour objectif de sécuriser les transactions foncières et de réduire les litiges. Un projet ambitieux, dans une ville où la désorganisation cadastrale constitue depuis des décennies l’un des principaux freins au développement urbain et à l’investissement privé.

Douala compte plus de 5 millions d’habitants et est confrontée à une urbanisation rapide et à des défis croissants en matière de mobilité, de gestion foncière et de services publics. Dans ce contexte, les conflits de propriété sont monnaie courante. Les dossiers papier, éparpillés entre plusieurs administrations, sont souvent incomplets, dupliqués ou falsifiés. Les délais d’obtention d’un titre foncier se comptent en années, parfois en décennies. Cette réalité décourage les investisseurs, fragilise les ménages et alimente une économie informelle de la transaction immobilière difficile à réguler.

La digitalisation des dossiers fonciers vise précisément à rompre avec ce désordre hérité. La CUD entend réduire les doublons, fiabiliser les actes de propriété et accélérer le traitement des demandes, à travers la centralisation des données cadastrales dans un système numérique unique. Le certificat de possession numérique, pièce maîtresse du dispositif, permettrait à terme d’attester la détention d’un bien immobilier de façon instantanée et infalsifiable.

Au-delà de la sécurisation juridique, l’enjeu est aussi budgétaire. Une cartographie foncière fiable permet à la municipalité de mieux identifier les propriétés taxables, d’élargir l’assiette de la taxe foncière et de renforcer ses recettes propres. Dans un contexte de pression croissante sur les finances locales, la maîtrise du cadastre est un instrument de souveraineté fiscale autant qu’administrative.

Pour les ménages, l’accès à un certificat numérique reconnu ouvre également des perspectives nouvelles en matière d’accès au crédit. Dans la zone CEMAC comme ailleurs, les banques et institutions de microfinance exigent des garanties foncières pour accorder des prêts. Disposer d’un document numérique opposable pourrait permettre à des milliers de propriétaires, aujourd’hui exclus du système financier formel, d’accéder à des financements pour construire, rénover ou investir.

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