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Transport urbain à Kribi : Des blocages administratifs et financiers paralysent un investissement de 20 milliards de FCFA 

Landry TYAGA20 janvier 2026Mis à jour le 20 janvier 2026Temps de lecture 3 min
Transport urbain à Kribi : Des blocages administratifs et financiers paralysent un investissement de 20 milliards de FCFA 
L'ECONOMIE

Près d’un an après les premières promesses officielles, les habitants de la ville portuaire et touristique du Sud Cameroun continuent de dépendre des mototaxis et des taxis-clandos, dans un contexte de croissance démographique et de densification de la circulation. Lors d’un échange avec la presse en mars 2025, le maire de la ville de Kribi, Guy Emmanuel Sabikanda, avait évoqué l’acquisition de 50 bus neufs, la création de 10 lignes couvrant 50 km, des voies réservées, des stations modernes et une gare routière interurbaine. Le budget estimé atteignait alors 20 milliards de FCFA, financé majoritairement par un partenariat public-privé (PPP) avec un opérateur européen.

« Ce système changera la vie quotidienne des Kribiens, réduira les accidents et soutiendra le tourisme et l’industrie portuaire », avait déclaré l’élu local, en référence à la population estimée à plus de 100 000 habitants, boostée par l’essor du port en eau profonde et des projets industriels. Pourtant, un an plus tard, les chantiers n’ont pas démarré. Les bus promis n’ont toujours pas été commandés, et les études de faisabilité, entamées en 2023 sous l’égide du Comité de Pilotage du Transport Urbain de Masse (COPIL-TUMC), peinent à aboutir. Selon des sources proches du dossier, plusieurs obstacles expliquent ce retard : des blocages dans la contractualisation du PPP, des difficultés de déblocage des fonds étatiques (20 % du financement), et des tensions avec les opérateurs informels (mototaxis et taxis) qui craignent une concurrence déloyale.

« On nous a fait miroiter un lancement en mars 2026 avec une phase pilote sur deux lignes, mais rien n’avance. Chaque jour, je suis obligé d’emprunter la mototaxi pour aller au travail, avec la poussière et les risques », témoigne Gervais N., habitant du quartier Mpangou dans le 1er arrondissement de la ville.

Comme lui, de nombreux usagers interrogés expriment leur frustration. L’enthousiasme initial a été transformé en scepticisme, voire en colère face à la persistance des cas d’accidents et d’agressions sur les axes comme le centre-ville-Mpolongwe ou le lieu-dit Antenne orange.

Du côté des autorités, on minimise les retards. Le MINHDU, dirigé par Célestine Ketcha Courtès, insiste sur le fait que Kribi figure parmi les villes secondaires prioritaires pour la mobilité durable, aux côtés de Bertoua, Limbe ou Ngaoundéré. La ministre a rappelé que l’objectif national est de moderniser les transports urbains d’ici 2030, avec des projets BRT déjà avancés à Douala et Yaoundé. À Douala, par exemple, le Projet de Mobilité Urbaine (PMUD), financé à 78 % par la Banque mondiale, verra ses premiers engins sur le terrain au premier trimestre 2026.

Mais pour Kribi, les financements restent flous. Le partenariat privé, annoncé comme clé, n’a pas encore été officialisé, et les fonds de contrepartie de l’État tardent à arriver. Des experts en mobilité urbaine pointent également le manque d’intégration des acteurs informels : sans un plan clair pour recycler et réorganiser les mototaxis, des conflits sociaux pourraient éclater.

Malgré ces déconvenues, certains signes d’espoir persistent. La CUK a récemment lancé des consultations communautaires pour affiner les itinéraires, et des discussions avec des bailleurs internationaux (Banque mondiale, AFD) pourraient débloquer des financements supplémentaires. Le projet s’inscrit aussi dans la vision « Smart City » de Kribi, avec des ambitions d’éclairage public intelligent et de voiries améliorées.

En attendant, les Kribiens subissent les aléas d’une croissance urbaine mal maîtrisée. Le tourisme souffre. Les visiteurs peinent à rejoindre les plages et les chutes de la Lobé sans moyen fiable. L’économie locale, dopée par le port et les industries naissantes, pâtit d’une mobilité inefficace qui freine les échanges. « Nous appelons à plus de transparence et à une accélération réelle. Kribi mérite un transport digne d’une ville en plein essor », plaide un leader associatif local. Le lancement tant attendu pourrait-il enfin intervenir en 2026 ? Les promesses se multiplient, mais les bus, eux, restent invisibles.

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Tags :Actualité du CamerounInvestissementKribiTransport urbain
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