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Taxes aéroportuaires au Gabon : FlyGabon bloque la collecte de la R4 et ouvre un nouveau front sur la fiscalité aérienne

Francois Gael Mbala3 août 2026Mis à jour le 3 août 2026Temps de lecture 3 min
Taxes aéroportuaires au Gabon : FlyGabon bloque la collecte de la R4 et ouvre un nouveau front sur la fiscalité aérienne
L'ECONOMIE

La compagnie nationale refuse désormais de collecter la redevance passager R4, jugeant ses modalités d’application encore insuffisamment clarifiées. Une décision qui ravive la controverse autour du financement des infrastructures aéroportuaires gabonaises et du poids croissant des taxes sur le transport aérien.

FlyGabon ne veut plus jouer le rôle de collecteur. Dans un communiqué, la compagnie aérienne nationale gabonaise a annoncé sa décision de suspendre la perception auprès de ses passagers de la redevance passager dite « R4 », dans l’attente d’éclaircissements des autorités sur son régime d’application.

Cette décision intervient dans un contexte de profonde réorganisation de la fiscalité aéroportuaire. La loi de finances rectificative (LFR) du 17 juillet 2026 prévoit en effet l’extension de la R4 à l’ensemble des aéroports du pays, la réintroduction de la TVA à 18 % sur les vols domestiques, une augmentation des redevances de sûreté ainsi que l’instauration d’une nouvelle taxe baptisée « Sécuriport ».

Selon des estimations publiées par la presse gabonaise, la répartition prévisionnelle des recettes issues de ces prélèvements favoriserait largement certains opérateurs privés. La société GSEZ Airport capterait environ 37,7 milliards de FCFA, soit 47 % des recettes attendues, tandis que Securiport bénéficierait de 16,4 milliards de FCFA, représentant 21 %. Les organismes publics percevraient des montants inférieurs : 8 milliards de FCFA pour l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), 9,5 milliards pour l’Office national de sûreté et de facilitation des aéroports du Gabon (ONSFAG) et 7,3 milliards pour Westminster.

Pour FlyGabon, cette architecture soulève une question de fond, celle de la répartition de l’effort financier supporté par les voyageurs et les compagnies aériennes, alors qu’une part significative des recettes bénéficierait à des structures privées, dont certaines à capitaux étrangers.

Une taxe déjà contestée

La controverse autour de la R4 ne date pas d’aujourd’hui. Instaurée par un arrêté signé le 13 novembre 2025, cette redevance avait pour objectif de financer les investissements du concessionnaire GSEZ Airport, notamment la construction du nouveau terminal de l’aéroport international Léon-Mba de Libreville et la réhabilitation des infrastructures existantes.

Entrée en vigueur le 26 février 2026, elle aurait entraîné une hausse moyenne de 25 % du prix des billets d’avion. Pourtant, jusqu’à présent, les compagnies aériennes opérant au Gabon, notamment le pavillon privé Afrijet, ne l’auraient pas appliquée de manière effective.

L’Association internationale du transport aérien (IATA) avait déjà exprimé ses réserves. Dans une correspondance adressée le 12 mars 2026 à l’ANAC, l’organisation demandait une consultation plus transparente, une justification détaillée de l’utilisation des fonds collectés depuis la création de la redevance en 2021, ainsi que sa suspension dans l’attente d’un réexamen.

À cette contestation s’ajoute désormais la redevance Sécuriport. Issue d’un accord signé le 21 mai 2026 entre le ministère gabonais des Transports et la société américaine Securiport LLC, cette taxe vise à financer un dispositif de collecte et d’analyse des données passagers (API-PNR), conformément aux exigences de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

Son coût annoncé atteint environ 30 dollars par passager sur les vols internationaux, soit près de 36 000 FCFA pour un aller-retour, avant même l’ajout des autres taxes et redevances appliquées aux voyageurs.

Face aux critiques, le ministre des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a publié le 6 juillet 2026 un communiqué destiné à expliquer les mécanismes de ces prélèvements et à rassurer les usagers. Le gouvernement affirme vouloir identifier et supprimer certaines charges jugées inutiles, tout en maintenant les investissements nécessaires à la sécurité et à la modernisation du secteur aérien.

Mais le bras de fer engagé par FlyGabon révèle une contradiction stratégique pour Libreville. Alors que le Gabon ambitionne de faire de son territoire un hub aérien régional, l’accumulation de taxes sur les billets d’avion risque de fragiliser la compétitivité du transport aérien national et de renchérir l’accès aux liaisons domestiques et internationales.

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Tags :AfriqueCEMACFlyGabonGabon
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