Portefeuille public : La SNI conserve 9,7 milliards de FCFA de bénéfices sans verser de dividendes à l’État

Actionnaire unique de la Société nationale d’Investissement (SNI), l’État ne perçoit plus de dividendes de sa holding depuis plus d’une décennie, alors que celle-ci affiche un report à nouveau créditeur de 9,7 milliards de FCFA.
En effet, la SNI assure, pour le compte de l’État, la gestion de participations dans 38 entreprises, représentant une valeur globale de 36,5 milliards de FCFA. Son portefeuille comprend notamment des participations dans Cimencam, SABC, Safacam, la Compagnie sucrière ainsi que plusieurs PME industrielles et agro-industrielles.
Dans un exposé remis au Parlement en juillet 2026, la Chambre des Comptes révèle que la Société Nationale d’Investissement (SNI) ne verse plus de dividendes à l’État depuis plus de dix ans, alors qu’elle affiche un report à nouveau créditeur de 9,7 milliards de FCFA. La juridiction financière dénonce également des prestations réalisées au profit de l’État sans remboursement, mettant en lumière les limites de la gouvernance du principal véhicule public de participation au capital des entreprises.
Selon la Chambre des Comptes, une quinzaine de ces sociétés distribuent régulièrement des dividendes. Ces revenus sont toutefois comptabilisés comme des produits de la SNI et non comme des recettes budgétaires de l’État. Ce fonctionnement correspond au modèle classique d’une société de portefeuille, appelée à centraliser les revenus de ses participations avant d’en redistribuer une partie à son actionnaire. C’est précisément à ce second niveau que les magistrats financiers relèvent une anomalie.
Plus de dix ans sans rémunérer l’actionnaire
À partir des états financiers consolidés produits par le ministère des Finances, la Chambre des Comptes constate que la SNI figure parmi les entreprises publiques qui « depuis plus de dix ans ne reversent aucun dividende à l’État », alors même qu’elle dispose d’un report à nouveau créditeur évalué à près de 9,7 milliards de FCFA.
En comptabilité, ce report à nouveau correspond aux bénéfices accumulés au fil des exercices et conservés dans les capitaux propres. Pour les auditeurs, cette réserve aurait pu permettre le versement de dividendes à l’État, unique actionnaire de la société. Ce constat conduit la juridiction financière à formuler une interrogation particulièrement directe : « Que gagne l’État en tant qu’actionnaire de la SNI ? »
L’autre enseignement majeur du rapport concerne les prestations d’assistance technique réalisées par la SNI au profit de l’État. Selon les auditeurs, ces interventions ne sont ni enregistrées comme des créances dans les comptes de la société, ni rémunérées. En pratique, la holding mobilise ses propres ressources pour financer certaines interventions de l’État sans obtenir de remboursement.
La Chambre des Comptes résume cette situation en indiquant que la SNI « prélève dans ses ressources propres pour financer le budget de l’État et ne se fait pas rembourser ». Une pratique qui, selon elle, pénalise directement la performance financière de l’entreprise publique.
Cette observation renverse le schéma généralement associé aux entreprises publiques camerounaises. Alors que plusieurs sociétés d’État vivent grâce aux recapitalisations ou aux subventions publiques, la SNI apparaît, au contraire, comme une entreprise qui soutient financièrement son actionnaire sans en être compensée.
Ces constats interviennent dans un contexte marqué par le renouvellement partiel de la gouvernance de la SNI en avril 2025, avec l’entrée de Célestin Tawamba au conseil d’administration. Cette nomination devait traduire un rapprochement entre le secteur privé et la politique publique d’investissement.
Toutefois, la Chambre des Comptes ne relève aucune évolution concernant la politique de distribution des dividendes. À la date de publication de son exposé, aucune communication publique de la SNI ne répond aux observations formulées par la juridiction financière.
Un symptôme de la faible rentabilité du portefeuille de l’État
Au-delà du seul cas de la SNI, ces conclusions prolongent le diagnostic plus large établi par la Chambre des Comptes sur le portefeuille des participations publiques, dont le rendement avait été évalué à seulement 2,92 % en 2024.
L’enjeu dépasse désormais la seule rentabilité financière. Les auditeurs mettent en évidence un dysfonctionnement dans la circulation des revenus générés par les actifs publics. D’un côté, la holding conserve près de 9,7 milliards de FCFA de bénéfices accumulés sans distribution de dividendes. De l’autre, elle continue de financer certaines interventions de l’État sans que celles-ci soient remboursées.
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