Hydrocarbures : Dangote s’invite dans les ambitions pétrolières du Cameroun aux côtés de la Sonara et de la SNH

Le groupe nigérian Dangote envisage d’investir dans le raffinage pétrolier au Cameroun, où l’État pilote déjà deux projets majeurs à travers la Société nationale de raffinage (Sonara) et la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Si cette marque d’intérêt conforte les appétits industriels du pays, elle soulève aussi la question des débouchés d’une capacité de production appelée à dépasser largement la consommation nationale.
Le groupe Dangote pourrait devenir le troisième acteur des ambitions de raffinage du Cameroun. Reçu le 21 juillet 2026 au Star Building par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le vice-président du groupe en charge du pétrole, du gaz et des engrais, Devakumar Edwin, a présenté les contours d’un partenariat destiné à renforce…
Le groupe nigérian Dangote envisage d’investir dans le raffinage pétrolier au Cameroun, où l’État pilote déjà deux projets majeurs à travers la Société nationale de raffinage (Sonara) et la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Si cette marque d’intérêt conforte les appétits industriels du pays, elle soulève aussi la question des débouchés d’une capacité de production appelée à dépasser largement la consommation nationale.
Le groupe Dangote pourrait devenir le troisième acteur des ambitions de raffinage du Cameroun. Reçu le 21 juillet 2026 au Star Building par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le vice-président du groupe en charge du pétrole, du gaz et des engrais, Devakumar Edwin, a présenté les contours d’un partenariat destiné à renforcer la sécurité énergétique du pays. Les échanges ont notamment porté sur un projet d’oléoduc visant à réduire les coûts de transport des produits pétroliers.
Au cours de cette rencontre, le responsable du groupe nigérian a également confirmé qu’une délégation avait visité plusieurs sites à Douala en vue de l’implantation d’une usine d’engrais. Aucun calendrier de réalisation ni montant d’investissement n’ont toutefois été communiqués.
Toutefois, cette manifestation d’intérêt intervient alors que le Cameroun a déjà engagé deux projets structurants dans le raffinage. Le premier concerne la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (Sonara), à l’arrêt depuis l’incendie du 31 mai 2019. Les 29 et 30 juin 2026, le gouvernement a organisé un « Market Sounding » afin de préparer un partenariat public privé destiné à financer ce chantier estimé à 700 milliards de FCFA. À terme, la capacité de traitement de l’installation devrait atteindre 3,5 millions de tonnes par an.
Le second projet est porté par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui prévoit la construction d’une nouvelle raffinerie à Kribi. L’infrastructure, dont le démarrage est annoncé pour le second semestre 2026, vise une production de 30 000 barils par jour à partir de 2028.
Une capacité appelée à dépasser la demande nationale
À eux seuls, les projets de la Sonara et de la SNH devraient porter la capacité de raffinage du Cameroun à près de 5 millions de tonnes par an, alors que la consommation nationale est actuellement estimée à environ 2,1 millions de tonnes. L’intérêt affiché par Dangote vient donc renforcer une dynamique d’investissement déjà engagée, tout en accentuant les interrogations sur les débouchés commerciaux des futurs volumes produits.
Dans cette perspective, l’exportation vers les marchés d’Afrique centrale apparaît comme l’une des principales options pour absorber les excédents. Encore faudra-t-il que les raffineries camerounaises puissent soutenir la concurrence des grands complexes déjà opérationnels sur le continent.
L’intérêt du groupe nigérian s’inscrit dans une stratégie d’expansion déjà observée dans plusieurs pays africains. En Éthiopie, un projet d’usine d’engrais initialement évalué à 2,5 milliards de dollars a été porté à plus de 4 milliards de dollars après l’intégration d’un gazoduc et d’une centrale électrique. Au Nigeria, Dangote prévoit également d’augmenter la capacité de production d’urée de son complexe de Lekki de 3 à 9 millions de tonnes par an.
Cette montée en puissance interroge également sur la vocation d’une éventuelle usine d’engrais au Cameroun. La consommation africaine d’urée est estimée à environ 6 millions de tonnes par an. À pleine capacité, les seuls complexes nigérian et éthiopien de Dangote devraient produire près de 12 millions de tonnes, soit deux fois les besoins du continent. Un projet camerounais viserait ainsi probablement des marchés situés hors d’Afrique ou des débouchés internationaux plus larges.
Des arbitrages encore à venir
À ce stade, les projets portés par la Sonara, la SNH et Dangote évoluent à des niveaux de maturité différents. La réhabilitation de la Sonara est encore en phase de recherche de partenaires, tandis que le projet de la SNH entre progressivement dans sa phase opérationnelle. Quant aux intentions affichées par Dangote, elles restent à préciser, tant sur leur dimension financière que sur leur calendrier d’exécution.
En recevant la délégation du groupe nigérian, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a insisté sur la volonté du gouvernement de voir les annonces d’investissement se traduire rapidement par des engagements concrets. Au-delà de l’attraction des capitaux, l’enjeu est désormais de coordonner ces différents projets afin de renforcer la sécurité énergétique du pays sans créer des capacités de production durablement sous-utilisées.
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