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Collision maritime à Douala : Le gouvernement donne 15 jours à l’armateur du MV Black Rhino pour libérer le chenal d’accès

Fadira Etonde21 juillet 2026Mis à jour le 21 juillet 2026Temps de lecture 4 min
Collision maritime à Douala : Le gouvernement donne 15 jours à l’armateur du MV Black Rhino pour libérer le chenal d’accès
L'ECONOMIE

Neuf jours après la collision du 11 juillet entre les navires Black Rhino et Sea Honor dans le chenal d’accès au port de Douala-Bonabéri, le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehè impose un calendrier strict pour le renflouement du bâtiment encore immobilisé. En toile de fond, la sécurisation d’un corridor stratégique pour le Tchad et la Centrafrique, estimé à plus de 350 milliards de FCFA par an.

Le compte à rebours est lancé. L’armateur du MV Black Rhino dispose désormais deux semaines pour engager les opérations de dégagement de son navire, toujours partiellement immergé et fortement incliné dans le chenal d’accès au port de Douala-Bonabéri. Cette décision intervient à l’issue d’une visite d’évaluation effectuée le 20 juillet 2026 par le ministre des Transports, neuf jours après l’abordage ayant opposé le navire chypriote au MV Sea Honor.

Dans un document fixant neuf recommandations assorties d’échéances précises, consulté par L’Economie, l’administration impose d’abord à l’armateur de transmettre, dans un délai de huit jours, le rapport définitif des experts ainsi qu’un plan opérationnel détaillé de renflouement. Ledit rapport devra préciser les modalités de stabilisation du navire, le retrait progressif des conteneurs, les équipements de levage et de remorquage prévus, les dispositifs de prévention contre les risques de pollution ainsi que le calendrier complet des opérations.

L’administration maritime interdit toutefois toute opération de déchargement avant la validation des calculs de stabilité du navire. Une précaution destinée à éviter une aggravation de la situation alors que le bâtiment demeure en position instable dans une zone stratégique du trafic portuaire.

Passé le délai de quinze jours accordés pour le démarrage effectif des opérations validées, l’État adressera une mise en demeure de 08 jours à l’armateur. En cas de non-exécution persistante, les travaux pourront être réalisés d’office par l’administration, « aux frais, risques et périls » de la compagnie propriétaire du navire.

Le suivi du dossier sera assuré au niveau ministériel par l’Inspecteur général des services, désigné comme point focal. Celui-ci devra transmettre un rapport d’avancement tous les trois jours jusqu’au dégagement complet du MV Black Rhino.

Parallèlement, le MV Sea Honor, déplacé vers la bouée n°9 après l’accident, poursuit ses opérations de réparation. Sa remise en navigation reste conditionnée aux inspections réglementaires et à l’autorisation de l’Autorité maritime compétente.

Au-delà de la gestion technique de l’accident, l’enjeu est désormais économique. Chaque jour supplémentaire d’immobilisation du Black Rhino accroît les risques sur la fluidité du chenal, la sécurité des opérations portuaires et la responsabilité financière de l’armateur.

350 milliards de FCFA de transit tchadien en jeu

L’accident du 11 juillet intervient dans un environnement déjà marqué par une forte pression concurrentielle sur le corridor Douala-N’Djamena. Par le port camerounais transitent chaque année des marchandises destinées au Tchad pour une valeur estimée à plus de 350 milliards de FCFA, un marché stratégique que la Guinée équatoriale tente désormais de capter.

Au moment de la collision, le MV Black Rhino transportait 150 conteneurs. Selon les données présentées par Bertrand Elingui Mekinda, directeur de la capitainerie et commandant du Port, 96 étaient destinés au marché camerounais tandis que 54 étaient en transit vers le Tchad et la République centrafricaine.

Ces volumes illustrent l’importance du trafic généré par les pays enclavés dépendant du port de Douala pour leurs approvisionnements internationaux. Pour les opérateurs du corridor, le transit tchadien représente un segment économique majeur, tant pour les activités portuaires que pour le transport terrestre.

Le Port autonome de Douala cherche d’ailleurs à consolider cette position. En avril 2025, l’institution a signé un protocole avec le Conseil des chargeurs du Tchad afin de renforcer l’attractivité du corridor camerounais. Mais cette stratégie intervient dans un contexte de concurrence accrue. Depuis décembre 2024, N’Djamena a conclu un accord de transport maritime et terrestre avec la Guinée équatoriale pour diversifier ses voies d’approvisionnement.

Cette montée en concurrence intervient alors que Douala doit encore améliorer certains indicateurs opérationnels. Le temps d’attente moyen des navires y est estimé à neuf jours, contre environ sept jours dans certains ports concurrents de la sous-région.

Dans ce contexte, l’immobilisation prolongée du Black Rhino constitue un facteur de risque supplémentaire pour la compétitivité du complexe portuaire. Au-delà d’un incident maritime, le dossier pose la question de la capacité du port de Douala à garantir la fiabilité d’un corridor dont dépendent plusieurs économies sans accès direct à la mer.

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Tags :Actualité du CamerounAfriqueCamerounCEMACgouvernementTransport
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