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Economie

Cession de Chococam : Les salariés exigent des garanties avant la reprise par Minkama Capital

Francois Gael Mbala10 août 2026Mis à jour le 10 août 2026Temps de lecture 6 min
Cession de Chococam : Les salariés exigent des garanties avant la reprise par Minkama Capital
L'ECONOMIE

Depuis septembre 2025, les salariés de Chococam réclament un accord sur leurs garanties sociales avant la reprise de l’entreprise par Minkama Capital. Malgré les saisines successives de la direction, de l’administration du travail et de Tiger Brands, le protocole proposé par les délégués du personnel reste sans signature, tandis que la commission paritaire promise en mai 2026 n’a toujours pas été mise en place.

La cession annoncée des parts de Tiger Brands dans la Chocolaterie Confiserie Camerounaise (Chococam) à Minkama Capital s’accompagne d’un différend sur les conditions sociales de l’opération. Depuis septembre 2025, les représentants du personnel demandent à la direction et à l’actionnaire sud-africain de négocier un protocole destiné à encadrer les droits des salariés avant la finalisation de la transaction.

La question des garanties sociales s’est progressivement imposée dans les échanges entre les employés et la direction. Selon les informations de L’Economie, le 9 avril 2025, lors d’une réunion entre l’Administrateur Directeur Général, le Directeur des Ressources Humaines et les délégués du personnel, la direction avait annoncé qu’elle ne reversera plus la contribution patronale à la retraite complémentaire aux salariés qui démissionnent ou sont licenciés. Les représentants du personnel demandent alors le retrait de cette décision, mais l’ADG la maintient.

Le 28 mai 2025, le CEO de Tiger Brands informe les équipes que Chococam est désormais considérée comme un actif « non essentiel » pour le groupe. La direction locale assure alors aux délégués qu’il n’y a « rien de spécial » ni « rien de concret ». Les visites de repreneurs potentiels sur le site vont toutefois renforcer les interrogations du personnel.

Un protocole sur les droits des salariés

Le 15 septembre 2025, les délégués passent à l’étape formelle. Ils adressent une lettre au directeur général pour demander des clarifications sur le processus en cours et joignent à leur courrier un projet de protocole d’accord. Le document fixe les principales garanties qu’ils souhaitent obtenir en cas de changement d’actionnariat.

Parmi les dispositions proposées figurent une prime de départ pouvant atteindre vingt mois de salaire brut pour les agents d’exécution ayant plus de trois ans d’ancienneté, le maintien des avantages acquis pour les salariés poursuivant leur contrat ainsi qu’une période de sécurité de 48 mois durant laquelle aucun licenciement ne pourrait intervenir, sauf faute grave. Le texte est signé par les délégués présents.

Pour les représentants du personnel, l’enjeu dépasse donc le seul changement d’actionnaire. Ils veulent que les conséquences de la transaction sur les salariés soient définies avant son aboutissement. Deux jours après la transmission du protocole, ils saisissent l’Inspection du Travail du Littoral afin d’obtenir l’ouverture d’une tentative de conciliation. Ils estiment notamment que les salariés doivent pouvoir bénéficier d’une partie de la valeur créée grâce à leur contribution à l’entreprise.

L’Inspection du Travail annonce une visite pour le 30 septembre 2025. Selon la chronologie établie par les délégués et dont L’Economie a obtenu copie, les échanges qui suivent se déroulent cependant sans leur participation. Le 21 janvier 2026, la Déléguée régionale du travail rejette leur demande de conciliation, estimant qu’aucun différend collectif « né » n’est établi. Les représentants du personnel contestent cette décision devant le Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale dans un recours daté du 16 février 2026.

Entre-temps, le processus de cession se précise. Dans un courrier interne daté du 10 novembre 2025, le Directeur des Ressources Humaines confirme qu’un préaccord a été conclu entre Tiger Brands et Minkama Capital pour la vente des parts du groupe dans Chococam. La finalisation de l’opération est alors annoncée pour le second semestre de l’exercice 2026.

Pour les employés, cette confirmation ne débouche pas sur l’ouverture des négociations attendues. En janvier 2026, les délégués saisissent à nouveau la direction pour dénoncer la dégradation du climat social. Leur courrier du 14 janvier évoque notamment le non-versement du bonus annuel, la réduction des dotations en produits pour le personnel temporaire, la gestion du fonds d’assurance maladie et une contribution mensuelle supplémentaire imposée aux salariés. Une relance est adressée le 22 janvier.

Les recours se multiplient

Faute d’avancée au niveau local, les représentants du personnel saisissent directement la gouvernance de Tiger Brands. Le 25 février 2026, ils écrivent à la présidente du conseil d’administration et aux membres du board pour demander l’ouverture de négociations avant la finalisation de la vente. Ils mettent en avant la responsabilité de l’actionnaire historique dans la définition des conditions de son retrait.

Dans sa réponse du 10 mars 2026, la présidente du conseil indique que la transaction n’est pas encore finalisée et qu’aucune modification des conditions existantes n’est intervenue. Elle précise que la direction de Chococam engagera le dialogue avec les employés lorsque la transaction sera devenue inconditionnelle et finalisée.

Les délégués répondent le 17 mars et maintiennent leur demande d’un mémorandum d’accord tripartite associant la direction, les représentants du personnel et l’Inspection du travail. Ils invoquent notamment l’article 42 du Code du travail camerounais et la section 197 de la loi sud-africaine sur les relations de travail. Le 26 mars, le secrétariat général de Tiger Brands leur demande de continuer à se concentrer sur l’activité de Chococam et de transmettre leurs questions opérationnelles au management local.

Une nouvelle intervention des autorités intervient en mai. Le 15 mai 2026, le Ministre du Travail convoque les délégués à une séance de travail prévue le 25 mai. Selon le rapport établi par les représentants du personnel, la réunion débouche sur l’engagement de désigner une commission paritaire chargée d’ouvrir les négociations sur le protocole d’accord. Mais le 17 juin, les délégués constatent qu’aucune commission n’a encore été créée.

Le 27 juillet 2026, le collectif des délégués saisit finalement le Food and Allied Workers Union en Afrique du Sud pour solliciter son intervention auprès du conseil d’administration de Tiger Brands à Johannesburg. Dans leur courrier, ils dressent le bilan de plus d’un an de démarches et dénoncent notamment ce qu’ils considèrent comme « l’absence de prise en compte de leurs revendications sociales ».

Le protocole transmis en septembre 2025 aurait, par ailleurs, été remis directement au directeur général et au directeur financier du groupe lors d’une rencontre à Yaoundé le 20 avril 2026, avec accusé de réception par courriel. Pourtant, dix mois après sa première transmission, le document n’a toujours pas, selon les délégués, été examiné dans le cadre d’une commission paritaire.

Le différend ne porte donc pas, selon les représentants du personnel, sur le principe de la cession des parts de Tiger Brands. Ils reconnaissent à l’actionnaire le droit de décider de son désengagement. Leur demande porte sur la négociation préalable d’un accord définissant les garanties accordées aux salariés dans le cadre de cette opération.

Formulée depuis septembre 2025, cette revendication a été portée successivement auprès de la direction de Chococam, de l’Inspection du travail, du ministère du Travail et de Tiger Brands. À ce stade, le protocole proposé par les délégués reste sans signature et la commission paritaire annoncée en mai n’a pas encore été mise en place, selon les représentants du personnel, approchés par L’Economie.

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Tags :Actualité du CamerounActualité économique du CamerounCamerounCession de ChococamMinkama Capital
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