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Cemac : Le marché financier affiche une stabilité en trompe-l’œil au premier trimestre 2026

La Rédaction24 avril 2026Mis à jour le 24 avril 2026Temps de lecture 5 min
Cemac : Le marché financier affiche une stabilité en trompe-l’œil au premier trimestre 2026
L'ECONOMIE

Le premier trimestre 2026 livre une photographie contrastée du marché financier de la CEMAC. Si l’indice BVMAC termine en hausse de 6,8 % à 1 147,20 points, cette progression masque une réalité moins reluisante : un flottant réel de 14,7 % seulement, des volumes quotidiens parfois inférieurs à 1,2 million de FCFA, et un compartiment obligataire en contraction. C’est ce que révèle le rapport trimestriel publié par la rédaction de L’Economie, qui décortique les dynamiques d’un marché en transition structurelle lente.

Un bond d’indice sans catalyseur identifié

L’événement marquant du trimestre reste la séance du 12 mars 2026, au cours de laquelle l’indice BVMAC a bondi de 6,78 % en une seule journée. Safacam et Socapalm, les deux locomotives du marché, ont atteint le plafond de variation autorisé de +10 %. Pourtant, aucun catalyseur fondamental n’a été identifié ce jour-là : ni annonce de dividendes, ni publication de résultats annuels. L’analyse des Bulletins Officiels de la Côte suggère plutôt une activation simultanée d’ordres accumulés en carnet sur deux valeurs dont l’offre est structurellement rare.

Cette volatilité illustre la fragilité d’un marché où six valeurs seulement sont cotées ( SOCAPALM, SAFACAM, La Régionale Épargne et Crédit, SCG-Ré, SEMC et BANGE) et où la capitalisation totale de 504,5 milliards de FCFA représente moins de 1 % du PIB régional. À titre de comparaison, la BRVM affiche une capitalisation d’environ 14 000 milliards de FCFA pour l’UEMOA.

Le marché obligataire se contracte

L’encours obligataire coté à la BVMAC a reculé de 2,5 % au premier trimestre, passant de 1 423,63 milliards de FCFA début mars à environ 1 387 milliards fin mars. Cette contraction s’explique principalement par le remboursement de l’obligation souveraine gabonaise EGA02, arrivée à maturité. Elle a été partiellement compensée par l’admission à la cote, le 23 février, de l’emprunt obligataire gabonais EOG 2025 Multi-tranches, portant sur 11 991 072 obligations (tranche A à 5,6 % sur 2 ans, tranche B à 6 % sur 3 ans).

Le Gabon a d’ailleurs honoré le premier coupon de ces deux tranches le 5 avril 2026, pour un montant total de 6,94 milliards de FCFA, confirmant la solvabilité de l’émetteur. Dans le compartiment privé, Alios Finance maintient sa régularité avec un cinquième remboursement d’échéance de 1,74 milliard de FCFA le 16 février, confortant son statut de signature de référence.

La BEAC, géant invisible du financement souverain

Ce que le rapport met en lumière, c’est surtout le poids écrasant du marché des titres publics géré par la BEAC. Avec un encours de 9 451,5 milliards de FCFA à fin janvier 2026, soit 6,8 fois l’encours obligataire coté à la BVMAC, ce marché constitue le véritable baromètre du risque souverain régional. Le Gabon, le Congo-Brazzaville et le Cameroun y concentrent 79,4 % de l’encours total.

Pour le seul deuxième trimestre 2026, les États de la CEMAC prévoient de lever entre 1 669,5 et 1 797 milliards de FCFA sur ce marché, en hausse de 67 % à 80 % par rapport au premier trimestre. Le Cameroun table sur 580 milliards de FCFA au T2 via ce canal, contre 150 milliards visés à la BVMAC sur l’ensemble de l’année. Cette asymétrie structure un arbitrage permanent des banques, qui détiennent 81,5 % de l’encours BEAC, en défaveur de la bourse.

Les OPCVM, alternative crédible

Face à l’illiquidité du marché secondaire, les Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières s’imposent comme une solution d’entrée privilégiée. Le FCP ASCA Liquidités affiche une performance de +45,49 % depuis sa création, tandis que le FCP Harvest Actions CEMAC enregistre +33,28 %. Ces fonds captent une partie croissante des capitaux institutionnels, qui privilégient la gestion déléguée à la détention directe de titres difficiles à céder.

Toutefois, le rapport souligne une limite : aucun fonds ne publie sa performance trimestrielle ni son encours sous gestion, rendant toute comparaison rigoureuse impossible. Les investisseurs sont invités à se rapprocher directement des sociétés de gestion agréées par la COSUMAF.

Un contexte macroéconomique en amélioration

Sur le plan macroéconomique, la zone CEMAC affiche des signaux encourageants. Le déficit budgétaire régional recule de 4,8 % à 2,2 % du PIB, les réserves de change progressent à 4,52 mois d’importations, et l’inflation devrait se stabiliser à 2,3 % en 2026, bien en deçà du seuil communautaire de 3 %. Ces résultats s’inscrivent dans le cadre du PREF-CEMAC, dont le mécanisme de suivi trimestriel a été entériné au sommet extraordinaire de Brazzaville le 22 janvier 2026.

La BEAC, de son côté, a maintenu son taux directeur (TIAO) à 4,75 % lors du Comité de Politique Monétaire du 2 avril. Le gouverneur Yvon Sana Bangui a formellement rejeté toute rumeur de dévaluation du franc CFA, réaffirmant la convertibilité garantie de la monnaie et la solvabilité des réserves.

Le rapport propose trois scénarios pour le reste de l’année. Le scénario de base (55 % de probabilité selon l’appréciation de la rédaction) table sur une consolidation de l’indice entre 1 100 et 1 250 points, portée par l’émission obligataire camerounaise et le démarrage du programme BVMAC ESPro, incubateur destiné à préparer de nouvelles entreprises à la cotation.

Un scénario favorable (25 %) envisage une réactivation du marché en cas de surallocation de l’émission camerounaise et d’une baisse du taux directeur à 4,50 %, propulsant l’indice vers 1 300-1 500 points. À l’inverse, un scénario adverse (20 %) anticipe une contraction sous les 1 000 points en cas de choc pétrolier, d’annulation de l’émission ou de récession régionale.

Parmi les recommandations, le rapport conseille de maintenir une exposition aux valeurs agro-industrielles Socapalm et Safacam (horizon 3 à 5 ans), de souscrire à l’émission obligataire camerounaise dès son lancement, et de renforcer l’allocation aux OPCVM pour bénéficier d’une meilleure liquidité.

Télécharger l’intégralité du rapport

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Tags :AfriqueCEMACRapport trimestriel
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