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Faible trafic, recettes décevantes et dégradation, le bilan de quatre ans d’exploitation de l’autoroute Kribi-Lolabé

Landry TYAGA13 août 2026Mis à jour le 13 août 2026Temps de lecture 4 min
Faible trafic, recettes décevantes et dégradation, le bilan de quatre ans d’exploitation de l’autoroute Kribi-Lolabé
L'ECONOMIE

Conçue pour soutenir la montée en puissance du port autonome de Kribi, l’autoroute Kribi-Lolabé peine encore à générer le trafic et les recettes attendues. Mise en service en juillet 2022, l’infrastructure affiche déjà des signes de dégradation sur son tracé, tandis que les recettes du péage restent très en deçà des niveaux attendus par l’exploitant.

Le 29 juillet 2022, sous un soleil radieux, dans la localité de Mbeka’a qui abrite le poste de péage éponyme, au point kilométrique 25, le gotha politico-administratif s’était réuni. Parmi les membres du gouvernement figurait notamment Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux publics. La cérémonie marquait la mise en service de la section autoroutiè…

Conçue pour soutenir la montée en puissance du port autonome de Kribi, l’autoroute Kribi-Lolabé peine encore à générer le trafic et les recettes attendues. Mise en service en juillet 2022, l’infrastructure affiche déjà des signes de dégradation sur son tracé, tandis que les recettes du péage restent très en deçà des niveaux attendus par l’exploitant.

Le 29 juillet 2022, sous un soleil radieux, dans la localité de Mbeka’a qui abrite le poste de péage éponyme, au point kilométrique 25, le gotha politico-administratif s’était réuni. Parmi les membres du gouvernement figurait notamment Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux publics. La cérémonie marquait la mise en service de la section autoroutière Kribi-Lolabé, longue de 38,5 km, phase 1 du projet de construction de l’autoroute Édéa-Kribi-Lolabé de 130 km, lequel demeure en hibernation. Cette section devait faciliter l’opérationnalité du port en eau profonde de Kribi et alléger le trafic dans la ville.

Les objectifs de performance et de niveau de service fixés au partenaire privé, China Harbour Engineering Company (CHEC), aux droits et obligations de laquelle s’est subrogée la société de projet Kribi Highway Management (KHM), chargée de gérer l’autoroute pendant trente et un ans, portaient notamment sur la propreté des abords, l’information des usagers en cas d’incident grave au moyen de panneaux à messages variables ou de la radio, la surveillance du réseau par des patrouilles régulières, l’intervention sur événement dans un délai maximal fixé entre la réception d’une alerte et l’arrivée sur les lieux, la limitation de la gêne occasionnée par les travaux, le délai d’attente au péage, le respect du niveau d’emploi local, ainsi que les inspections visuelles destinées à relever et réparer toute dégradation.

Des signaux de détérioration

Quatre années plus tard, l’infrastructure présente un état peu satisfaisant. Le long du tracé, de nombreux signes de négligence sont visibles. Au giratoire de la bretelle de raccordement aux routes nationales n° 7 et n° 22, des traces d’un camion parti en fumée subsistent sur l’asphalte, accompagnées de débris. Plus loin, au lieu-dit village Doumale, le terre-plein central porte encore les stigmates d’un accident de la circulation. Les glissières de sécurité sont défectueuses, tordues ou écrasées par endroits.

De son côté, KHM demeure silencieuse et refuse toute explication. Des pénalités sont pourtant prévues dans les clauses contractuelles conclues avec l’État du Cameroun, en cas de non atteinte des objectifs de performance ou de retard dans l’exécution des obligations d’entretien.

Ce déficit d’entretien fait écho aux difficultés financières rencontrées par l’exploitant depuis les premiers mois d’exploitation. Au terme des trois premiers mois d’exploitation, KHM enregistrait une recette totale de seulement 158,9 millions de FCFA, un niveau jugé préoccupant lors du Comité de suivi de l’infrastructure réuni fin octobre 2022 à Yaoundé.

Vingt-deux mois après la mise en service, le péage de Mbeka’a n’avait collecté que 1,5 milliard de FCFA de recettes, un montant représentant à peine la moitié des loyers que revendiquait déjà KHM en mai 2023. Cet écart entre recettes réelles et attentes de l’exploitant nourrit une équation financière tendue, dans un contrat où le remboursement du prêt chinois et la rentabilité du partenaire privé reposent en grande partie sur le trafic effectivement capté par l’autoroute.

L’autoroute est exploitée selon un système de péage ouvert. Les tarifs, fixés par classe de véhicules, s’échelonnent de 600 FCFA pour la classe 5, qui regroupe les motocyclettes, tricycles à moteur et quadricycles à moteur, à 5 600 FCFA pour la classe 4, qui concerne les véhicules ou ensembles de véhicules à plus de deux essieux, dont la hauteur totale est supérieure ou égale à trois mètres ou dont le poids total autorisé en charge dépasse 3,5 tonnes.

Le projet de A à Z

Évaluée à 453,1 millions de dollars, soit environ 250 milliards de FCFA, la section autoroutière Kribi-Lolabé comporte 38,5 km de deux fois deux voies extensibles à deux fois trois voies, auxquels s’ajoutent 4,94 km de voies de raccordement en deux fois deux voies. Le tracé part du village Mboro, à Kribi 1er, pour aboutir à Bilolo, dans l’arrondissement de Kribi 2e. Cette section est reliée au port de Kribi par une pénétrante de 1,24 km et à la route nationale n° 7 Édéa-Kribi par une voie de raccordement de 3,7 km partant de la route nationale n° 22, Yaoundé-Olama-Kribi.

Pour sa réalisation, un contrat de type Engineering, Procurement and Construction a été signé le 28 novembre 2012 entre l’entreprise CHEC et l’État du Cameroun, représenté par Louis Paul Motaze, alors président du comité de pilotage du Complexe industrialo-portuaire de Kribi. Les travaux ont été co-financés à hauteur de 85 % par l’Eximbank de Chine et de 15 % par la partie camerounaise. L’accord d’exploitation confiant la gestion de l’autoroute à KHM pour trente et un ans a quant à lui été formellement signé le 30 décembre 2020 avec l’État du Cameroun.

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Tags :Actualité du CamerounAfriqueAutoroute Kribi-LolabéCamerounCEMACdégradationFaible trafic
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