Cameroun : Malgré la Couverture Santé Universelle, 72,2 % des dépenses de santé restent supportées par les ménages

Trois ans après le lancement de la Couverture Santé Universelle, les ménages restent les principaux financeurs des soins au Cameroun. Selon les données publiées par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), ils supportent 72,2 % des dépenses courantes de santé. Cette forte contribution directe est tributaire la baisse des financements extérieurs, qui fait peser un risque sur l’accès de plus de 8 millions de personnes aux soins et services essentiels.
La Couverture Santé Universelle (CSU) a permis d’élargir l’accès à certains soins au Cameroun, mais elle n’a pas encore profondément transformé le modèle de financement du système de santé. Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, publié par le Minepat, renseigne que les dépenses directes des ménages restent à un nive…
Trois ans après le lancement de la Couverture Santé Universelle, les ménages restent les principaux financeurs des soins au Cameroun. Selon les données publiées par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), ils supportent 72,2 % des dépenses courantes de santé. Cette forte contribution directe est tributaire la baisse des financements extérieurs, qui fait peser un risque sur l’accès de plus de 8 millions de personnes aux soins et services essentiels.
La Couverture Santé Universelle (CSU) a permis d’élargir l’accès à certains soins au Cameroun, mais elle n’a pas encore profondément transformé le modèle de financement du système de santé. Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, publié par le Minepat, renseigne que les dépenses directes des ménages restent à un niveau élevé, alors que les ressources publiques consacrées au secteur demeurent limitées et que le dispositif dépend encore en partie des financements extérieurs.
Selon les Comptes nationaux de la santé cités par l’Organisation mondiale de la santé, les paiements directs des ménages représentaient 72,2 % des dépenses courantes de santé sur la période couverte par les comptes disponibles, contre 34 % en moyenne en Afrique subsaharienne. L’OCDE, dans son rapport publié en mai 2026, situe encore cette contribution autour de 70 % en 2021.
Une dépense publique encore limitée
Le problème commence par le niveau des ressources publiques disponibles pour la santé. Selon le rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30, la part du budget de l’État consacrée au secteur est passée de 4,3 % en 2020 à 4,1 % en 2024, alors que la Déclaration d’Abuja de 2001 fixe un objectif de 15 % du budget national pour la santé.
Les données de suivi de la SND30 font apparaître une autre série, selon laquelle la santé représentait 5,5 % du budget en 2025, contre une cible de 7,6 %. Les deux indicateurs ne reposent pas nécessairement sur le même périmètre statistique. Ils convergent néanmoins sur un point : les ressources budgétaires affectées au secteur restent inférieures aux ambitions affichées. La situation est également visible dans les ressources humaines. Le nombre de médecins pour 10 000 habitants est passé de 0,97 en 2020 à 1,68 en 2025, contre une cible de 2 médecins pour 10 000 habitants.
À cette contrainte budgétaire s’ajoute la dépendance du système aux financements extérieurs. Le retrait partiel de certains partenaires, notamment américains, a conduit les autorités à élaborer un plan de contingence évalué à 66,1 milliards de FCFA, dont la contribution nationale annoncée s’élève à 11,8 milliards de FCFA.
La CSU a déjà élargi sa base
C’est dans ce contexte que le Cameroun a lancé la CSU le 12 avril 2023, à Bertoua, dans la région de l’Est. La première phase a été conçue autour d’une montée en charge progressive, ciblant en priorité certaines catégories de population et plusieurs prestations jugées prioritaires.
Six mois après le lancement, plus de 2 millions de personnes avaient déjà été enrôlées. À cette étape, l’OMS indiquait que le financement du dispositif reposait à 50,4 % sur l’État et à 49,6 % sur les partenaires techniques et financiers. L’organisation relevait également trois enjeux pour la poursuite de la réforme, à savoir étendre les services couverts, inclure davantage de personnes et réduire les paiements directs des ménages.
Trois ans après son lancement, le dispositif a changé d’échelle. Le ministère de la Santé publique indique que 5,8 millions de Camerounais étaient pré-enrôlés, dont 4,6 millions effectivement enregistrés, soit un taux d’adhésion de 81 %. Le gouvernement met également en avant les résultats obtenus auprès de plusieurs groupes prioritaires, notamment les enfants de moins de cinq ans, les personnes vivant avec le VIH ainsi que les patients bénéficiant de certains programmes de prise en charge.
Le dernier rapport de l’OCDE apporte une lecture plus prudente de l’état d’avancement du dispositif. Publié en mai 2026, le rapport Financement de la protection sociale au Cameroun estime que la CSU constitue une avancée, mais que son déploiement reste partiel. Il chiffre à 4 millions le nombre de bénéficiaires disposant d’une carte donnant accès aux prestations de santé couvertes par le dispositif. L’organisation estime que des efforts restent nécessaires pour étendre la couverture géographique, élargir le panier de soins et sécuriser son financement.
Cette différence avec les chiffres d’enrôlement communiqués par le ministère tient notamment à la nature des indicateurs. Le pré-enrôlement ou l’enregistrement ne signifie pas nécessairement que la personne dispose déjà d’un accès effectif à l’ensemble des prestations du panier de soins.
Le financement reste le principal défi
L’OCDE estime que le coût de la CSU à maturité pourrait représenter 4 % à 6 % du PIB par an. À ses yeux, le financement de cette montée en charge ne pourra pas reposer uniquement sur une cotisation dédiée. Les recettes fiscales générales devront continuer à jouer un rôle central. L’organisation estime notamment qu’une cotisation santé de 3 % sur les salaires du secteur formel pourrait générer environ 0,2 % du PIB à court terme. Elle considère toutefois que l’État devra continuer à mobiliser des recettes fiscales pour financer l’extension de la couverture et l’élargissement du panier de soins.
Cette équation est compliquée par la structure de l’économie camerounaise, marquée par une forte informalité et une pression fiscale limitée. Une partie importante de la population active ne relève donc pas d’un mécanisme classique de cotisation salariale. L’OCDE souligne par ailleurs que les dépenses publiques de santé et d’assistance sociale restent faibles et que les dispositifs existants demeurent fortement dépendants des financements extérieurs.
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