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André Hot : « Une Attestation de Virement Irrévocable ne doit jamais être vendue comme un visa »

Fadira Etonde8 septembre 2026Mis à jour le 8 septembre 2026Temps de lecture 11 min
André Hot : « Une Attestation de Virement Irrévocable ne doit jamais être vendue comme un visa »
L'ECONOMIE

Longtemps proposées exclusivement par les banques commerciales, les Attestations de Virement Irrévocable (AVI) sont devenues un marché hautement concurrentiel avec une multitude d’opérateurs spécialisés. Alors que ce marché attire près de 7 000 candidats au départ du Cameroun vers la France chaque année, André Hot, expert camerounais en orientation scolaire, universitaire et en employabilité, et Directeur général de Campus Métiers indique que les banques restent des acteurs les plus crédibles pour les familles. Il revient aussi sur les garanties à vérifier avant de confier ses fonds à une plateforme.

Aujourd’hui, quel est l’état réel de la mobilité étudiante camerounaise vers la France, et en quoi le dossier des AVI est-il devenu un point de friction majeur pour les familles ?

Pour moi, la France reste une destination particulièrement attractive pour les étudiants camerounais, en raison de la langue, de la qualité et de la diversité de son enseignement supérieur, mais aussi des liens historiques et académiques entre les deux pays. Cependant, il faut quand même comprendre que le projet de mobilité est devenu beaucoup plus exigeant financièrement. Une famille ne finance donc plus seulement les frais de scolarité ; elle doit anticiper le logement, le transport, le visa, l’assurance, les dépenses d’installation et surtout démontrer que l’étudiant disposera de ressources suffisantes pour vivre en France. C’est précisément à ce niveau qu’intervient l’AVI (attestation de virement irrévocable).

Elle est devenue un sujet sensible pour beaucoup de familles : elle représente à la fois une exigence financière importante et un produit qu’elles comprennent parfois mal. Le problème apparaît lorsque l’AVI est présentée comme une simple formalité permettant d’obtenir le visa. Il faut au contraire la replacer dans sa fonction principale : démontrer la capacité de l’étudiant à disposer de fonds pendant son séjour pour ses études. Le véritable enjeu, à mon sens, est donc moins l’existence de cette exigence que la transparence autour de son fonctionnement, notamment en termes de coût, de délai et d’engagements pris par les différents acteurs.

Vous avez côtoyé le système de l’intérieur, chez Campus France Douala. Comment expliquez-vous que l’AVI, censée sécuriser les étudiants, soit devenue un terrain de rivalités commerciales et parfois de campagnes de dénigrement entre prestataires ?

Je vais d’abord distinguer deux choses : l’objectif administratif du dispositif et le marché qui s’est progressivement développé autour de cet objectif. Dans l’administration, on parle du ministère de l’Intérieur, représenté ici par l’Ambassade de France, qui cherche à vérifier que l’étudiant dispose de ressources suffisantes pour réaliser son projet dans de bonnes conditions. Mais, dès lors que plusieurs acteurs proposent des solutions allant dans ce sens, cela a ouvert un marché qui permet de proposer des solutions aux familles capables de répondre à cette exigence, et qui entre donc dans une logique commerciale. Et lorsque la concurrence devient forte, il peut apparaître des stratégies commerciales agressives, des comparaisons parfois approximatives entre solutions, voire des discours destinés à discréditer les concurrents.

Je préfère cependant ne pas généraliser : tous les acteurs ne fonctionnent évidemment pas de la même manière. Ce qui me paraît essentiel, c’est que la compétition commerciale ne fasse jamais perdre de vue l’intérêt principal, celui de l’étudiant. Une famille ne devrait pas choisir une solution parce qu’un commercial lui affirme que les autres solutions ne sont pas fiables. Elle devrait pouvoir comparer objectivement le coût total, les délais, les conditions de remboursement, les modalités de versement des fonds, la traçabilité et les garanties que l’organisme qui délivre l’AVI peut offrir.

Concrètement, quels sont les pièges ou les abus les plus fréquents que vous observez chez les familles qui sollicitent une AVI (délai, frais cachés, promesses non tenues) ?

Principalement, s’il faut être objectif, je dirais premièrement le fait de ne pas tout expliquer. Il peut y avoir des coûts cachés. Il faut être transparent : une famille doit connaître le coût total de l’opération. On dit « l’AVI », mais l’AVI a des frais, et chaque organisation, quelle qu’elle soit, a un fonctionnement qui lui est propre. Il faut donc vraiment être transparent sur l’offre. Il y a le produit, l’AVI, dont le prix affiché est souvent attractif, mais derrière l’offre commerciale, il y a d’autres sous-coûts qu’il faut également expliquer clairement aux familles.

Deuxièmement, les délais : une promesse commerciale de traitement rapide ne doit pas être confondue avec une garantie sur la décision ou le calendrier d’une administration. Il faut être clair là-dessus. Si on vous dit que l’AVI sera livrée en 48 heures, il faut que la promesse puisse être tenue. Troisièmement, les conditions de remboursement. Il y a souvent un enjeu important, car en cas de refus de visa, l’AVI doit être remboursée. C’est important pour les familles d’en être sûres, mais certains organismes mettent parfois un peu plus de temps, peut-être le temps de faire tourner les fonds avant de les restituer. C’est là que réside le vrai problème.

Il faut clairement demander : « Que se passe-t-il en cas de refus de visa ? », car un visa n’est jamais garanti, il peut être accordé ou non. De même, si l’étudiant change de destination, si son projet est abandonné, si son visa est refusé ou si l’enfant échoue au bac, il faut demander comment cela se passe dans ces cas-là, quelles sommes sont remboursables et dans quels délais. Ce sont, pour moi, les principaux points à mettre en avant.

Face à la multiplication des intermédiaires (banques, sociétés de caution, plateformes), comment l’étudiant ou ses parents peuvent-ils distinguer un acteur fiable et régulé d’un opérateur douteux ?

Je veux d’abord dire qu’historiquement, les AVI étaient confectionnées par les banques ; c’était une activité qu’elles pratiquaient. Puis, vers 2016, les premiers acteurs privés sont arrivés, car faire des AVI n’était pas le métier principal des banques, ce n’était qu’un service parmi d’autres. Plusieurs acteurs ont compris que la mobilité était en train de devenir une industrie. En moyenne, on est passé de 4 000 visas accordés au Cameroun à environ 6 000 aujourd’hui, voire près de 7 000. C’est donc un marché important. Une AVI coûte en moyenne environ 500 €, soit 300 000 FCFA, ce qui représente un chiffre d’affaires conséquent. Les banques, pour moi, sont crédibles : les parents que j’accompagne, s’ils ont des facilités auprès d’une banque, peuvent y faire leur AVI.

Mais comme la plupart des organismes réalisent aujourd’hui l’AVI dans un pays donné, il faut se conformer à la régulation de ce pays. Le cadre réglementaire exige généralement que l’organisme soit immatriculé à l’ORIAS (le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance) : c’est le prérequis systématique pour tous les prestataires. Il faut donc qu’ils affichent leur numéro ORIAS. La première chose à demander en s’adressant à un acteur, c’est donc : « Quel est votre numéro ORIAS ? » Il faut que ce soit clairement affiché.

Deuxièmement, il faut que l’organisme soit contrôlé par l’ACPR (l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), soit directement s’il détient l’agrément d’établissement de monnaie électronique ou de paiement, soit indirectement en tant qu’intermédiaire d’un établissement déjà agréé. Il faut pouvoir le vérifier.

Troisièmement, il doit exister un partenariat avec un établissement agréé pour la tenue effective d’un compte séquestre. Cela est essentiel, car beaucoup de gens pensent que dès l’envoi de l’AVI, ou dès l’arrivée en France, ils récupèrent l’argent. Il faut au contraire que l’argent soit bloqué de façon irrévocable sur ce compte séquestre, ce qui garantit que, même une fois le visa accordé, l’étudiant ne pourra pas arriver en France et réclamer la restitution de tout son argent.

En effet, certains procédaient ainsi auparavant : ils collectaient l’argent de la famille, le bloquaient pour rassurer les autorités consulaires, puis, une fois l’étudiant arrivé, restituaient les fonds à la famille… Beaucoup d’enfants se sont ainsi retrouvés à la merci d’un proche qui avait promis de les aider et qui ne l’a finalement pas fait. D’où cette exigence de bloquer les fonds dans le cadre de ce mécanisme, afin de garantir que la première année puisse réellement faciliter l’intégration.

Enfin, le quatrième point concerne le respect du code monétaire et financier encadrant les opérations de virement irrévocable et de compte bloqué. Ce sont, pour moi, les quatre éléments réglementaires à vérifier. Puisqu’on opère dans un pays donné, il faut s’y conformer. Un parent, pour s’assurer qu’un organisme délivrant l’AVI est fiable, doit donc pouvoir retrouver ces quatre points.

Les banques restent fiables, seul le temps de traitement peut parfois être plus long : quand une banque délivre l’AVI, l’étudiant, une fois arrivé en France, ouvre un compte bancaire et communique son RIB au Cameroun, afin que les fonds lui soient envoyés chaque mois ; mais comme il s’agit de personnes physiques traitant les dossiers, les procédures peuvent être plus longues. Les organismes spécialisés, eux, en ont fait leur métier : ils disposent de personnel dédié à 100 %, ce qui leur permet d’offrir davantage de flexibilité et de rapidité dans le traitement des opérations.

Le seuil de ressources d’AVI exigé a encore été relevé récemment. Quel impact cette hausse a-t-elle sur l’accès des familles camerounaises modestes à la mobilité étudiante ?

Le nouveau seuil, correspondant à 47 % du SMIC mensuel, résulte du décret n° 2026-526 du 22 juin 2026, applicable aux demandes déposées à compter du 1er août : il porte le montant de l’AVI de 615 à 877,5 €. Généralement, quand on conseille les familles, on retient 880 × 12. Je tenais d’abord à préciser ce point. Pour ce qui est de l’impact, c’est mon point de vue, j’ai toujours pensé que ce montant devait augmenter (rires) !

J’ai commencé cette activité en 2012, où le seuil était de 615 €. Or, depuis 2012, le coût de la vie a considérablement augmenté : un loyer qui coûtait environ 300 € en 2012 est aujourd’hui, en Île-de-France, à 450 € en moyenne. Par ailleurs, les étudiants extracommunautaires (hors Union européenne) avaient droit à une aide appelée l’APL ; depuis cette année, ils n’y ont plus droit. En moyenne, un étudiant qui arrive en Île-de-France avec 615 €, qui paie son logement 450 € et son passe Navigo 42 €, combien lui reste-t-il pour vivre ? Il n’a même plus de quoi s’offrir un burger ou un repas au McDonald’s.

Honnêtement, cette augmentation va permettre de faciliter davantage le démarrage d’une année universitaire loin de la famille. Nous accompagnons les familles, et la dimension financière est vraiment importante : il ne faut pas envoyer un enfant si l’on n’a pas les moyens conséquents. Beaucoup se disent souvent qu’une fois arrivé en France, l’enfant pourra faire des petits boulots pour s’en sortir. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas, il y en a ! D’autres comptent sur l’alternance : ce sont aussi des dispositifs que la loi permet pour certaines formations, mais pour les primo-entrants, y accéder n’est pas évident. Je pense donc que, lorsqu’une famille décide d’envoyer un enfant, il faut un minimum de conditions garantissant sa tranquillité durant la première année, le temps pour lui de comprendre le système. Une fois le système assimilé, il peut évoluer comme il le souhaite.

Je tiens à préciser qu’une AVI ne doit jamais être vendue comme un visa. La détenir ne garantit pas l’obtention du visa : c’est un mécanisme justifiant la disponibilité de ressources. La décision relève exclusivement de l’autorité consulaire. Il faut aussi préciser que derrière chaque dossier d’AVI, il y a souvent des années d’épargne d’une famille. Nous ne parlons donc pas simplement d’un produit financier, mais d’un projet de vie. Cela impose aux acteurs de la transparence, de la responsabilité et une véritable obligation d’information sur l’ensemble du processus. Et je pense que nous serons tous fiers, à terme, de voir ces belles réussites de carrière venir enrichir le Cameroun demain.

Pour conclure cet échange, si vous deviez recommander une réforme ou une meilleure régulation du système AVI au Cameroun, que proposeriez-vous ?

En termes de réforme, je pense qu’il existe déjà un cadre réglementaire. Il faudrait donc que chaque organisme délivrant des AVI se conforme réellement au cadre réglementaire du pays où il délivre l’AVI, en l’occurrence la France, nous avons évoqué plus haut les quatre points de cette réglementation.

Deuxièmement, ces organismes devraient pouvoir garantir la traçabilité de l’AVI auprès des autorités consulaires, et expliquer clairement leur mécanisme de protection, notamment en se rapprochant des autorités consulaires, car des manipulations restent possibles. Cela permettrait déjà de crédibiliser leur organisme auprès de ces autorités. Aujourd’hui, on parle surtout de l’obtention du visa, mais la vraie question, pour moi, est de savoir comment concevoir ce système dans son ensemble. C’est donc avant tout une question de réglementation.

L’enjeu est de crédibiliser son AVI auprès des autorités consulaires, car un dossier de mobilité, c’est à la fois l’admission dans une école et la capacité à démontrer qu’on peut financer la formation et se prendre en charge, via ce qu’on pourrait appeler les garants, ceux qui accompagnent le financement du projet. L’Ambassade devrait peut-être aussi obliger tous ces acteurs à afficher les éléments prouvant qu’ils respectent le cadre réglementaire, tout en laissant à chaque famille le libre choix de l’organisme vers lequel elle souhaite s’orienter.

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Tags :André HOTAttestation de Virement IrrévocableCameroun
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