Le bras de fer entre l’État camerounais et la plateforme numérique de VTC Yango connaît un nouveau rebondissement. Par un communiqué radio-presse daté du 15 mai 2026 et signé du ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, le gouvernement a infligé une série de sanctions à l’encontre de Yango et de plusieurs chauffeurs partenaires, les accusant d’être « coupables en coaction, de la promotion de l’exercice du transport routier clandestin ».

Le communiqué, portant le numéro 053/CRP/MINT/SG/DTR/SDAPR, établit que c’est le 23 avril 2026 que les services techniques compétents du ministère, en coordination avec les administrations concernées et les syndicats du sous-secteur, ont établi les faits reprochés à la plateforme et à ses partenaires.

Pour Yango, les mesures sont lourdes. Le ministère lui accorde une mise en demeure de deux mois pour se conformer aux obligations légales d’exercice du transport par taxi de personnes via les plateformes numériques. En parallèle, le texte ordonne « la suspension immédiate de sa plateforme de tous les véhicules ne disposant pas des documents administratifs requis », soit la licence de transport, la carte bleue, la carte grise, l’assurance conforme, la visite technique conforme, le permis de conduire et le certificat de capacité T. Enfin, Yango devra s’acquitter d’une amende forfaitaire de 2 500 000 FCFA au trésor public, conformément à l’article 15 de la loi n° 2001-015 du 23 juillet 2001.

Côté chauffeurs, six immatriculations (CE 913 NR, CE 439 PM, CE 202 BF, CE 142 NL, CE 759 OV et CE 788 OM) sont suspendues pour une durée de trois mois et les véhicules concernés immobilisés immédiatement. Les propriétaires, identifiés comme Kamgain Watchueng Daniel Justin, Monkam Tientcheu Jimmy, Fossi Tchinda Franklin, Semengue Omgbwa François, Ngrang Mvemani Linus et Tamze Djukoh Isabel Elvira, devront chacun payer une amende de 500 000 FCFA.

Un conflit récurrent depuis 2021

Ce nouveau communiqué s’inscrit dans une longue histoire conflictuelle entre Yango et les autorités camerounaises. Depuis son arrivée au Cameroun en 2021, Yango s’est rapidement imposé comme un acteur clé de la mobilité urbaine à Douala et Yaoundé, revendiquant plus de 150 000 utilisateurs actifs par mois et la création de plus de 6 000 emplois directs et indirects.

Mais la trajectoire de la plateforme russe au Cameroun a été marquée par des tensions régulières avec le régulateur. En septembre 2022, les autorités avaient déjà sommé Yango de régulariser sa situation, lui demandant notamment d’obtenir une licence auprès de l’Autorité de Régulation des Télécommunications, de s’enregistrer auprès des services des impôts et d’ouvrir un compte bancaire local.

Faute d’avoir obtempéré dans les délais impartis, le ministre Ngalle Bibehe avait suspendu les activités de transport urbain de la plateforme le 8 février 2023, invoquant le non-respect de la législation régissant le transport routier, notamment la loi de juillet 2001.

La situation avait semblé se normaliser. En août 2023, les autorités camerounaises avaient accordé à Yango une licence temporaire d’un an renouvelable, levant ainsi la suspension de février. La plateforme avait alors joué un rôle actif dans le dialogue réglementaire. Elle avait initié en avril 2023 un atelier de réflexion sur l’encadrement des plateformes numériques, impliquant notamment le ministère des Postes et Télécommunications, pour réfléchir à des modèles de régulation adaptés.

En début d’année 2025, le ton semblait apaisé. Le Country Manager de Yango Cameroun, Dr Clovis Pilla, déclarait dans un entretien avoir renouvelé une licence et une autorisation de cinq ans auprès du ministère des Transports, saluant le soutien des autorités dans la création d’un climat d’affaires stable.

Le communiqué du 15 mai 2026 suggère pourtant que les engagements pris n’ont pas été pleinement tenus, du moins selon l’appréciation du ministère. Le ministre invite d’ailleurs « les transporteurs clandestins en général et ceux voulant opérer à partir des plateformes numériques en particulier à se conformer, sans délai, aux dispositions pertinentes du décret n° 2022/8801/PM du 10 octobre 2022 fixant les conditions d’accès aux professions de transporteurs routiers et d’auxiliaires des transports routiers ».

Yango n’a pas encore réagi publiquement à ce communiqué au moment de la publication de cet article. La plateforme dispose désormais de deux mois pour démontrer sa mise en conformité, ou risquer une suspension totale de ses activités, comme ce fut déjà le cas en 2023.

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