Il n’y a pas de hasard dans ce choix. Lorsque David Azra, directeur général de KCT, annonce que les travaux de la prochaine extension du terminal à conteneurs de Kribi démarreront en juillet 2026, il précise aussitôt que l’entrepreneur pressenti est China Harbour Engineering Company (CHEC). « Pour l’instant, c’est CHEC, et nous sommes en discussions bien avancées », indique-t-il. Cette formulation prudente n’efface pas l’essentiel. La firme chinoise, filiale du géant public CCCC (China Communications Construction Company), est depuis quinze ans le maître d’œuvre quasi exclusif des grandes infrastructures du complexe portuaire de Kribi.
La première phase du port en eau profonde de Kribi, réalisée en mode EPC (Engineering, Procurement, Construction) pour un coût de 497 millions de dollars, a été entièrement construite par CHEC sur une durée de trois ans. Elle a livré, entre autres, un terminal à conteneurs doté d’un quai de 350 mètres et d’une capacité initiale de 250 000 EVP, ainsi qu’un chenal d’accès dragué à 16 mètres de profondeur.
La confiance établie lors de cette première phase a conduit le gouvernement camerounais à reconduire CHEC pour la suite. La deuxième phase, lancée le 25 décembre 2019, a été réalisée selon le même mode EPC pour un coût total de 793 millions de dollars, financés à 85 % par la China Eximbank. Elle comprenait la construction de nouveaux postes d’accostage, le dragage de la passe d’entrée, l’extension des brise-lames et de nouvelles aires de stockage. CHEC en a procédé à la remise technique le 21 février 2025, portant le linéaire total de quai à 715 mètres.
L’empreinte de CHEC dépasse le seul périmètre portuaire. L’entreprise a également construit l’autoroute Kribi-Lolabé, infrastructure de désenclavement du port financée à 85 % par la China Eximbank. Un accord a par ailleurs été conclu avec le gouvernement camerounais pour la construction d’une ligne ferroviaire de plus de 100 kilomètres reliant Kribi à Edéa. Au total, le Cameroun a emprunté environ 1,48 milliard de dollars à la China Eximbank au cours de la dernière décennie pour financer les deux phases du port et la grande route d’accès.
Une troisième intervention dans la continuité
C’est dans ce contexte que s’inscrit la future extension de KCT. 8 hectares supplémentaires de zone de stockage, pour porter la capacité dynamique annuelle théorique de 820 000 à 1,2 million d’EVP. L’opération est de moindre envergure que les deux phases précédentes, mais elle s’inscrit dans la même logique de continuité technique et relationnelle. Lors de la remise de la phase 2, le directeur général de la division Afrique centrale de CHEC avait d’ailleurs déclaré que l’entreprise continuerait à soutenir le gouvernement camerounais dans l’optimisation des installations portuaires.
Pour KCT, dont le trafic a progressé de 82 % en un an pour atteindre 750 000 EVP, recourir à CHEC présente un avantage évident. L’entreprise connaît le site mieux que quiconque, ses ingénieurs ont réalisé chaque mètre de quai et chaque dalle du terminal. Une familiarité qui réduit les risques d’exécution et, peut-être, les délais. Les discussions sont « bien avancées », confirme David Azra, le DG de KCT. Le contrat, lui, n’est pas encore signé.


