Kribi Container Terminal (KCT), concessionnaire chargé de l’exploitation et du développement du terminal à conteneurs du Port en eau profonde de Kribi à Mboro, entend consolider sa trajectoire de croissance par une extension immédiate de ses zones de stockage, avant d’engager une troisième phase avec la construction d’un ou deux quais supplémentaires. L’objectif est d’asseoir définitivement la vocation de hub régional de transbordement que le terminal s’est forgée en à peine deux ans d’exploitation intensive.
Une première année de phase 2 aux résultats spectaculaires
Le contexte de cette annonce est celui d’un bilan que David Azra, directeur général de KCT, qualifie sans détour de « succès ». En un an d’exploitation de la phase 2, le terminal a enregistré une progression de 82 % de ses volumes, pour atteindre près de 750 000 EVP traités sur l’exercice. Un niveau qui positionne l’infrastructure parmi les terminaux structurants de la façade atlantique africaine.
Le terminal a notamment convaincu MSC, premier armateur mondial, d’y faire accoster ses navires « MEGAMAX », des bâtiments de 400 mètres de long, parmi les plus grands au monde, à une cadence de deux à trois escales mensuelles.
Le rythme d’activité se confirme sur les premiers mois de 2026 : 74 000 EVP traités en mars, un volume similaire en avril. L’entreprise table sur 100 000 EVP par mois à terme.
8 hectares pour préparer la suite
C’est dans ce contexte de montée en puissance que s’inscrit la prochaine extension. Les travaux, dont le démarrage est prévu en juillet 2026, consistent dans un premier temps à aménager 8 hectares supplémentaires de zone de stockage sur le domaine portuaire. Cette opération porterait la capacité statique du terminal de 20 000 à 24 000 EVP actuellement à environ 34 000 EVP, et la capacité dynamique annuelle théorique de 820 000 EVP à 1,2 million d’EVP.
L’entrepreneur pressenti pour ces travaux est China Harbour Engineering Company (CHEC), qui avait déjà réalisé le terminal initial. « Dans 60 jours, les travaux vont commencer. On est en train de finaliser le contrat avec l’entrepreneur. Pour l’instant, c’est CHEC, et nous sommes en discussions bien avancés pour une extension du terminal », a précisé David Azra.
Dans un second temps, KCT envisage la construction d’un ou deux quais supplémentaires. Une étude de faisabilité doit être lancée pour préciser les modalités de cette troisième phase, extension du linéaire de quai, des superstructures et du parc. Selon le DG du terminal, la décision finale dépendra des conclusions de cette étude, mais l’orientation paraît arrêtée.
Le transbordement, colonne vertébrale du modèle
La logique de cette montée en puissance est indissociable de la structure de trafic du terminal, où le transbordement représente déjà environ 70 % des volumes traités. Sur ces flux, quelque 30 % sont à destination ou en provenance de Douala. Si l’on intègre l’ensemble des conteneurs touchant Kribi en première escale à destination du Cameroun ou de l’hinterland, le terminal représente près de 65 % de ces volumes, s’imposant de facto comme la principale porte d’entrée maritime du pays.
Selon les données du Port Autonome de Kribi (PAK) pour 2024, les opérations de transbordement ont atteint près de 1,89 million de tonnes. Des marchandises transitent depuis Kribi vers l’Angola, le Nigéria et d’autres ports de la côte ouest-africaine. David Azra pointe également un potentiel significatif avec les trafics en provenance du Tchad, de la Centrafrique et du nord du Congo, notamment pour le bois et les produits industriels et miniers.
La recomposition des routes maritimes mondiales, dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, ne semble pas avoir pesé sur l’activité de KCT. Près de 80 % des flux transitent en provenance d’Asie via Singapour, sans passage par cette zone. « L’impact est quasi nul pour Kribi », tranche le DG.
Sur la question de la rentabilité, David Azra reste prudent : « Nous sommes encore dans une phase d’investissements importants. La phase 2 doit être amortie et de nouveaux investissements sont déjà projetés. Toutefois, la situation se stabilise progressivement et les perspectives sont très solides. » Une formule qui résume bien la trajectoire d’un terminal qui, en deux ans, a transformé Kribi en acteur incontournable du commerce maritime régional, et entend aller bien plus loin.
