Finances publiques : 165 prélèvements recensés dans le système fiscal camerounais

« La fiscalité camerounaise au scalpel », ouvrage de 696 pages d’Alain Symphorien Ndzana Biloa, dresse l’inventaire des prélèvements obligatoires au Cameroun et interroge leur efficacité. Présenté le 8 octobre 2026 au siège du GECAM, à Douala, le livre relance le débat sur l’équité fiscale, le rendement de l’impôt et la confiance entre l’État et les contribuables.
Au moins 165 impôts, taxes et autres prélèvements obligatoires sont recensés par Alain Symphorien Ndzana Biloa dans son ouvrage publié aux Éditions du Panthéon. Inspecteur principal des impôts hors échelle à la Direction générale des impôts (DGI), l’auteur y propose une lecture globale d’un système fiscal réparti entre plusieurs administrations.
« Au moins 160 impôts, taxes et autres prélèvements obligatoires sont perçus au Cameroun », indique-t-il, en précisant que le décompte atteint 165 lignes avec quatre prélèvements liés à la sûreté radiologique et nucléaire. Son inventaire relève également 18 prélèvements en attente de textes d’application et 35 autres refondus ou supprimés.
La présentation de l’ouvrage, organisée au siège du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), intervient alors que l’État vise 3 600 milliards de FCFA de recettes fiscales en 2026, contre 3 200 milliards en 2025. L’élargissement de l’assiette constitue l’un des leviers mobilisés pour atteindre cet objectif.
Pour l’auteur, il s’agit de « lever le voile des tabous, déconstruire les fantasmes, et surtout nourrir la réflexion ». Il souligne toutefois les difficultés d’accès à certaines données et invite les agents du fisc et les conseils fiscaux à signaler les prélèvements qui auraient échappé à son recensement.
Rendement fiscal et confiance
Le professeur Bruno Bekolo Ebe, recteur émérite des universités de Yaoundé et de Douala, relève une double exigence de performance et d’équité. L’impôt doit financer les politiques publiques sans compromettre la capacité contributive des entreprises et des ménages. Il estime que la confiance dépend aussi de la qualité des services rendus en contrepartie.
« Quand le citoyen a le sentiment que la dépense publique financée par ses impôts ne lui permet pas d’accéder aux services sociaux de base, sa confiance quant à la nécessité de payer est compromise », avertit-il.
Le président du GECAM, Célestin Tawamba, met pour sa part en regard la progression des recettes fiscales et celle de l’activité économique. « L’année dernière, les recettes fiscales ont augmenté de 15 %, pendant que le taux de croissance du PIB est de 3 %. Comment pouvez-vous prétendre prendre 15 % dans une activité qui augmente de 3 % ? Il y a un problème. »
Le dirigeant patronal considère que la pression fiscale pèse sur les entreprises et la création de richesse. Au-delà du nombre de prélèvements, les échanges ont ainsi ramené le débat à la prévisibilité des règles, à l’équité entre contribuables et à l’utilisation des ressources collectées.
Avec cet ouvrage, Alain Symphorien Ndzana Biloa élargit une réflexion engagée dans ses précédentes publications sur la fiscalité africaine et la coopération internationale. Le rendement durable de l’impôt reste lié à la capacité de l’État à mobiliser les recettes tout en renforçant la confiance des contribuables.
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