Souveraineté financière : L’Afrique lance AfCRA pour défier le biais des « Big Three »

Alors que le service de la dette extérieure africaine a franchi la barre des 163 milliards de dollars, l’UA concrétise son projet d’agence de notation continentale indépendante. Pensée comme une alternative privée pour couvrir les 23 États du continent ignorés par Wall Street, AfCRA entame sa conquête de crédibilité sur un marché sous haute tension obligataire.
L’Africa Credit Rating Agency (AfCRA) est officiellement entrée en scène le 7 octobre à Port-Louis, à Maurice. Porté par l’Union africaine depuis 2018, le projet vise à introduire une nouvelle voix dans un marché dominé par S&P Global, Moody’s et Fitch. L’UA leur reproche, avec plusieurs responsables africains, de ne pas toujours intégrer suffisamment les réalités économiques du continent dans leurs évaluations. Les trois grandes agences contestent de leur côté l’existence d’un biais systémique dans leurs notations africaines.
L’enjeu dépasse la seule concurrence entre agences. Le service de la dette extérieure de l’Afrique est passé de 61 milliards de dollars en 2010 à 163 milliards en 2024. Dans le même temps, 23 des 55 États africains ne disposent d’aucune notation des trois grandes agences internationales. AfCRA veut donc élargir la couverture du marché et produire des analyses davantage fondées sur les données et les réalités africaines.
Une agence privée sous mandat africain
AfCRA ne sera pas une agence publique au sens capitalistique. L’UA indique que les gouvernements ne pourront pas détenir de parts. L’agence doit fonctionner sur une base privée, avec son propre capital et les revenus tirés de ses activités. Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), qui a accompagné sa création, lui laisse désormais son autonomie opérationnelle.
L’agence entend noter les États, les collectivités, les entreprises et les institutions financières africaines. Elle pourra également évaluer des entités non africaines. Son implantation à Maurice doit lui permettre de s’appuyer sur une place financière internationale, tandis que la société sud-africaine Plus94 a contribué à la mise en place technique et méthodologique.
Le lancement politique ne suffira toutefois pas à installer AfCRA sur le marché. Une agence de notation tire sa valeur de la confiance des investisseurs, des émetteurs et des régulateurs. Ses méthodologies, son indépendance et la qualité de ses premières notes seront donc scrutées au même titre que ses résultats.
Le calendrier constitue déjà un premier test. Le projet avait connu plusieurs reports avant son lancement officiel. Aucune première notation souveraine n’accompagne encore l’entrée en scène de l’agence.
Selon l’UA, l’AfCRA doit surtout contribuer à réduire les asymétries d’information et à renforcer l’accès des émetteurs africains aux marchés de capitaux. L’objectif, apprend-on, est de compléter les agences internationales, plutôt que de s’y substituer.
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