Sous le haut patronage du président ivoirien Alassane Ouattara, les participants au Dialogue consultatif sur la Nouvelle Architecture Financière Africaine ont franchi une étape dans la réorientation des mécanismes de financement du continent. Le texte adopté établit onze engagements autour de la mobilisation des ressources intérieures, de la réduction du coût du capital et de l’intégration des marchés financiers africains.
Comme le souligne le document intitulé, Consensus d’Abidjan, consulté par L’Economie, les participants ont noté « avec préoccupation le recul continu de l’Aide publique au développement et la persistance d’un coût élevé du capital pour les pays africains, qui compromettent la capacité du continent à investir dans son propre développement ». Le document reconnaît également que les pays africains « doivent agir de manière décisive pour renforcer leurs propres capacités et institutions, en partenariat avec les acteurs mondiaux ».
Cette démarche intervient dans un contexte marqué par un paradoxe financier. Selon les données présentées lors du dialogue, l’Afrique dispose d’une épargne domestique estimée à près de 4 000 milliards de dollars, tandis que le déficit annuel de financement du développement oscille entre 350 et 400 milliards de dollars. Cette situation révèle moins une insuffisance de ressources qu’un problème structurel d’intermédiation financière.
Le premier engagement du Consensus porte sur la création d’un « cadre continental partagé visant à réorganiser la manière dont le capital et le risque sont mobilisés, structurés et déployés dans l’écosystème financier africain, fondé sur les principes de subsidiarité, de complémentarité, de coordination et de transformation du risque ». Les signataires se sont engagés à « libérer l’importante épargne intérieure africaine et de l’orienter systématiquement vers des investissements productifs sur le continent ».
L’Union africaine a reconnu cette initiative lors de sa 39e session ordinaire tenue à Addis-Abeba les 14 et 15 février 2026. Dans sa déclaration, la Conférence « prend également note de la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA), fondée sur les Quatre Points Cardinaux de la BAD, en tant qu’initiative phare visant à renforcer la souveraineté financière de l’Afrique et à réduire sa vulnérabilité face aux chocs externes de financement ».
La reconstitution du Fonds africain de développement à hauteur de 11 milliards de dollars constitue un signal de cette évolution. Les pays africains ont promis environ 283 millions de dollars, soit une multiplication par huit par rapport aux cycles précédents. L’Assemblée de l’Union africaine « se félicite des engagements accrus des pays africains, démontrant clairement que l’Afrique est de plus en plus disposée à financer ses propres priorités de développement ».
Une rupture avec les modèles antérieurs
Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, articule sa vision autour de quatre axes stratégiques à savoir « l’amélioration de l’accès au capital et la mobilisation des ressources financières africaines, la réforme et la consolidation des systèmes et institutions financiers, l’exploitation de la transformation démographique en faveur du développement économique, et la construction d’infrastructures résilientes au climat ».
Le Consensus d’Abidjan stipule que « le développement durable exige de placer l’emploi des jeunes, l’autonomisation économique des femmes et la croissance inclusive au cœur de l’architecture financière africaine, non comme des objectifs secondaires, mais comme des moteurs premiers de la transformation ». Cette approche contraste avec les politiques d’ajustement structurel des décennies précédentes.
Les signataires se sont engagés à « développer une architecture continentale robuste de partage des risques et de garantie, qui abaisse le coût du capital pour les emprunteurs africains, attire des investissements privés et institutionnels à grande échelle, et réduit la dépendance structurelle de l’Afrique à l’égard de la perception extérieure du risque ».
L’intégration des marchés de capitaux figure parmi les priorités. Le document appelle à « approfondir et d’intégrer les marchés de capitaux africains, notamment par l’harmonisation des cadres réglementaires, l’admission transfrontalière aux marchés, les instruments en monnaie locale et les plateformes de titrisation, afin que les actifs originés sur l’ensemble du continent puissent être refinancés, recyclés et redéployés à grande échelle ».
Les priorités sectorielles identifiées sont entre autres « les systèmes alimentaires et les chaînes de valeur agricole, l’accès à l’énergie et la transition énergétique, les infrastructures régionales et la connectivité, le développement industriel et la création de valeur ajoutée, la santé, l’éducation et la transformation numérique ».
Le texte insiste sur l’importance d’associer « les gouvernements, les banques centrales et les régulateurs en tant que partenaires actifs de la Nouvelle Architecture Financière Africaine, par le biais de politiques alignées, de cadres harmonisés et d’un engagement commun en faveur d’un développement des marchés financiers au service de l’économie réelle ».
Le cadre prend désormais le nom de Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), soulignant que « chaque instrument, plateforme et mécanisme qu’il englobe doit être ancré dans une finalité de développement claire, la création d’emplois, la transformation structurelle et le bien-être des peuples africains ».
La BAD se voit confier, en concertation avec les parties concernées, la facilitation du suivi du Consensus, notamment par la convocation de revues périodiques et le compte-rendu des progrès accomplis. L’Union africaine a demandé au président du Groupe de la BAD « de présenter, à la prochaine Réunion de coordination semestrielle de l’Union africaine en 2026, une mise à jour sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la présente Déclaration, y compris sur l’opérationnalisation de la NAFA ».
La mise en œuvre effective de ces engagements demeure le défi principal dans un écosystème financier encore fragmenté et marqué par des capacités d’intermédiation inégales selon les régions du continent.


