C’est un dossier qui cumule les enjeux industriels, financiers et symboliques. Le ministre du Commerce, Luc Magloitre Mbarga Atangana, a accordé le 20 avril 2026, une audience à une délégation composée du Haut-Commissaire d’Afrique du Sud au Cameroun, S.E. Mandla Langa, du directeur général de Tiger Brands, Tjaaart Kruger, de son directeur financier Thushen Govender, et de Fabrice Ndjodo, promoteur camerounais de Minkama Capital, le futur repreneur majoritaire de la Chocolaterie Confiserie Camerounaise (Chococam).
L’opération, annoncée le 10 novembre 2025, porte sur la cession par Tiger Brands de sa participation de 74,69 % dans la Chocolaterie Confiserie Camerounaise (Chococam) à Minkama Capital, fonds spécialisé dans les biens de consommation courante. Après dix-sept années de présence au Cameroun, le groupe sud-africain tourne ainsi la page d’une aventure industrielle qu’il aura marquée de son empreinte, contribuant à l’essor de la filière chocolatière locale, à la création d’emplois et au renforcement de la chaîne de valeur cacaoyère.
Un actif industriel de poids
Fondée en 1965 par le groupe Cacao Barry et l’État camerounais à travers la Société Nationale d’Investissement (SNI), Chococam est officiellement créée en 1967. En juillet 2008, Tiger Brands acquiert 74,69 % des actions de Chococam auprès de Barry-Callebaut, dans le cadre de sa stratégie d’expansion africaine. Depuis lors, l’entreprise s’est imposée comme le leader du marché camerounais du chocolat et de la confiserie, avec ses marques phares Mambo et Bonbon Kola, dont les produits s’exportent en Afrique centrale et occidentale, Nigeria en tête.
En 2021, Chococam franchissait le cap symbolique du milliard de rand de chiffre d’affaires, soit 36,9 milliards de FCFA, soutenu par une forte croissance des volumes dans tous les segments. Mais depuis 2022, ses performances sont en recul, le chiffre d’affaires étant passé de 38,8 milliards FCFA à 27,5 milliards FCFA en 2024, avant un nouveau repli de 2,6 % au premier semestre 2025.
Un départ contraint autant que stratégique
Dans ses résultats semestriels clos au 31 mars 2025, Tiger Brands avait qualifié Chococam d’actif « non stratégique » et indiqué examiner « les meilleures options de valorisation et de sortie ». La décision s’inscrit dans une stratégie plus large de rationalisation du portefeuille, qui a déjà conduit le groupe à céder sa participation de 24,38 % dans Empresas Carozzi pour 240 millions de dollars début 2025, actant son retrait d’Amérique latine.
Mais le désengagement du Cameroun comporte une dimension moins avouable. Un différend financier avec l’homme d’affaires Baba Ahmadou Danpullo a entraîné la saisie conservatoire des comptes bancaires de Chococam au Cameroun depuis près de trois ans, avec pour conséquence directe la suspension du rapatriement des dividendes vers l’Afrique du Sud. Un contentieux qui aura pesé lourd dans la décision finale.
Un montage financier structuré par BGFIBank
Minkama Capital acquerra la participation majoritaire de Tiger Brands dans Chococam pour 76 millions de dollars. Le financement repose sur une dette d’acquisition de 46,676 milliards de FCFA, levée sous la forme d’un prêt syndiqué arrangé par BGFIBank. La transaction reste soumise à l’approbation des autorités réglementaires et aux conditions de clôture habituelles.
C’est précisément l’objet de l’audience du 20 avril : « coordonner les dernières étapes réglementaires, notamment l’approbation de la Commission de la Concurrence de la CEMAC, les autorisations de contrôle des changes et la délivrance des quitus fiscaux en faveur de Chococam et de Tiger Brands », indique la communication du ministère du Commerce. Tiger Brands espère finaliser sa sortie du Cameroun au cours du premier semestre de son exercice fiscal 2026.
Pour le ministre Mbarga Atangana, l’opération illustre « la vision de transformation structurelle portée par les autorités camerounaises, celle de faire du cacao national non plus une matière première exportée brute, mais le socle d’une industrie à haute valeur ajoutée ».


