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Cameroun : Le fossé grandissant entre législation sociale et réalité économique

12 octobre 2026Mis à jour le 12 octobre 2026Temps de lecture 3 min
Cameroun : Le fossé grandissant entre législation sociale et réalité économique
L'ECONOMIE

Alors que 86,6 % des emplois relèvent de l’informel, le non-respect de certaines conventions collectives et les limites du dialogue social fragilisent la protection des travailleurs. À l’occasion de la Journée mondiale pour le travail décent, célébrée le 7 octobre 2026, les syndicats appellent à une meilleure application des textes pour endiguer la précarité de l’emploi.

« Le travail décent n’est pas effectif au Cameroun. » Le constat de Joseph Mikou, président de la Confédération des syndicats autonomes du Cameroun (CSAC), résume les préoccupations exprimées le 7 octobre 2026 à Kribi, à l’occasion de la Journée mondiale pour le travail décent. Organisée autour du thème « Organiser les jeunes travailleurs pour l’avenir », cette rencontre a réuni plusieurs organisations syndicales, dont le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC), autour des difficultés persistantes du marché du travail.

Au centre des revendications figurent l’écart entre les dispositions légales et leur application dans les entreprises. « Les conventions sont ratifiées mais certains employeurs ne les appliquent pas », déplore Joseph Mikou. Pour la CSAC, le non-respect de certaines conventions collectives, les insuffisances du dialogue social et les difficultés d’accès à la protection sociale entretiennent la vulnérabilité des salariés. Les secteurs des industries de transformation et des hydrocarbures figurent notamment parmi ceux où l’application des conventions collectives constitue une préoccupation syndicale.

Cette situation contraste avec les engagements pris par les pouvoirs publics et les partenaires sociaux. Le 14 mai 2024, un protocole d’accord tripartite associant le gouvernement, l’Organisation internationale du travail (OIT) et les partenaires sociaux a été signé dans le cadre de la mise en œuvre du Programme pays pour le travail décent 2023-2026. Pour les syndicats, l’enjeu est désormais de rendre les mécanismes de concertation plus opérationnels et de renforcer le suivi de l’application des textes.

L’informel, principal refuge de l’emploi

Les données issues de la troisième Enquête sur l’emploi et le secteur informel (EESI3) de l’Institut national de la statistique indiquent que 86,6 % des emplois relèvent du secteur informel. Le taux de salarisation est estimé à 38,6 %, signe de la place limitée de l’emploi salarié dans la structure du marché du travail. Cette configuration complique l’accès à des contrats formels, à une rémunération régulière et aux dispositifs de protection sociale.

Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), fixé à 60 000 FCFA par mois en 2023, constitue un autre point de tension. Dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat, les syndicats soulignent les difficultés rencontrées par certains travailleurs pour faire respecter leurs droits salariaux. Au-delà du niveau de rémunération, l’effectivité du paiement des salaires et le respect des obligations patronales demeurent des enjeux majeurs.

Les jeunes travailleurs sont particulièrement exposés à ces fragilités. L’absence de contrats écrits, les retards de paiement et la faiblesse de la couverture sociale peuvent compromettre la stabilité de leurs revenus et leur insertion durable dans l’économie formelle. Pour les entreprises, la diffusion de ces pratiques pose également la question de l’application uniforme des règles sociales et des conditions d’une concurrence fondée sur le respect des obligations légales.

Face à ces constats, la CSAC réclame une application plus rigoureuse du droit du travail, le respect des conventions collectives et un dialogue social tripartite capable de déboucher sur des mesures concrètes. L’enjeu dépasse la seule protection individuelle des salariés. Il concerne aussi la sécurisation des revenus, la qualité de l’emploi et la capacité de l’économie à offrir des perspectives professionnelles durables, notamment aux jeunes.

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Tags :Actualité du CamerounAfriqueCamerounCEMAC
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