Par un curieux phénomène de vases communicants, la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale dessine le portrait d’une économie régionale en pleine mutation. La séance de cotation du lundi 18 mai 2026 en est le reflet saisissant. D’un côté, le faste des grands argentiers étatiques qui empilent les milliards de dettes, de l’autre, le calme plat d’un capitalisme de guichet où les investisseurs locaux semblent avoir abdiqué. Pour l’investisseur moyen de Douala, de Libreville ou de Brazzaville, le message des marchés est limpide, le salut financier ne se trouve plus dans le trading direct de titres d’entreprises locales mais dans la sécurité des dettes souveraines et l’agilité des fonds communs de placement.
L’événement technique majeur de la journée réside dans l’admission officielle à la cote des titres de l’émetteur État du Gabon sous le pavillon de l’emprunt à tranches multiples. Cette opération d’envergure permet au marché d’approfondir sa profondeur sectorielle en passant immédiatement de trente-deux à trente-quatre lignes obligataires. Les deux nouvelles souches introduites, référencée EGA20 et EGA21, d’une valeur nominale unitaire de dix mille FCFA, offrent des rendements nets de 5,60% pour l’échéance 2027 et de 6% pour celle de 2028. Cette double ligne, fait bondir l’encours global des dettes cotées à plus de 1 491 milliards de FCFA, contre 1 385 milliards de FCFA la veille malgré qu’aucune transaction n’aient été enregistrées. Cette avalanche de papier d’État offre une bouffée d’oxygène pour les trésoreries des banques et des investisseurs institutionnels de la sous-région, friands de placements garantis et défiscalisés.
Ce désintérêt pour le risque d’entreprise se lit en creux dans l’atrophie du compartiment des actions. La séance du jour s’est résumée à un service minimal, presque symbolique, avec l’échange d’une unique action de la Société Commerciale Gabonaise de Réassurance (SCG-Ré). Ce micro-échange à 21 499 FCFA aura été le seul frémissement d’une capitalisation boursière bloquée à 1 689 milliards de FCFA, tandis que l’indice de référence All Share Index est resté figé a 1098 points, son niveau de la veille. Cette paralysie cache pourtant une véritable guerre psychologique dans les carnets d’ordres, révélatrice des frustrations de l’investisseur individuel.
Des centaines d’intentions d’achat sur la Safacam ou sur Bange dorment dans les livres des courtiers sans jamais trouver de contrepartie, la faute à des exigences de prix trop éloignées entre vendeurs et acheteurs. Ce blocage prive l’épargnant lambda de la liquidité nécessaire pour arbitrer son portefeuille en cas de coup dur. L’absence de teneurs de marché capables de fluidifier ces écarts de valorisation décourage le porteur de parts traditionnel, qui se retrouve prisonnier de titres illiquides. Même constat pour les champions d’Afrique Centrale comme Socapalm ou La Régionale, dont les offres de vente restent en souffrance sur les bureaux des sociétés de bourse faute de contrepartie.



