La Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale ressemble ce mardi à une magnifique mécanique dont les rouages manqueraient cruellement d’huile. Pour l’épargnant ayant misé sur l’introduction en bourse de BGFI Holding Corporation (BHC), la situation est un cas d’école de frustration financière. Le titre trône fièrement à 82 000 FCFA, affichant une plus-value latente de 2 500 FCFA par action pour les souscripteurs de la première heure. Pourtant, cette richesse reste purement scripturale. Avec 36 ordres d’achat en attente et pas un seul vendeur à l’horizon, le titre est frappé du sceau « Non Coté ». Ce n’est pas une panne, c’est le syndrome du « buy and hold » poussé à l’extrême : personne ne veut lâcher ses parts d’un champion régional, transformant de fait une valeur vedette en un actif illiquide.

Cette rétention d’actions crée un effet de goulot d’étranglement qui se propage à l’ensemble de la cote. Safacam a sauvé l’honneur de la séance avec un échange microscopique de 23 actions à 33 000 FCFA, pour un montant dérisoire 759 000 FCFA. Mais l’essentiel de la psychologie de marché se lit ailleurs. Sur Socapalm, 704 titres cherchent désespérément preneur sans trouver d’écho, tandis que La Régionale aligne 393 ordres de vente orphelins. Ce décalage abyssal entre les attentes des vendeurs et les capacités des acheteurs souligne le manque de contreparties dynamiques. Pour l’investisseur moyen, détenir un bon actif, généreux en dividendes comme le sont souvent les agro-industrielles du Cameroun, ne garantit pas une porte de sortie immédiate en cas de besoin de trésorerie.

Sur le front de la dette, le silence est tout aussi assourdissant. Malgré une diversité de lignes obligataires souveraines et privées, le compartiment « C » n’a enregistré aucun mouvement. Les investisseurs institutionnels  semblent conserver leurs titres jusqu’à l’échéance, gelant ainsi toute velléité de dynamisme sur le marché secondaire. Les seules lueurs de performance proviennent finalement de la gestion collective.

Le paysage des placements collectifs s’est enrichi avec l’apparition remarquée des nouveaux fonds d’Enko Capital Central Africa. Le FCP Enko Capital Trésorerie et le FCP CRBC Pérennité débutent leur vie boursière en affichant un léger repli technique sous leur valeur nominale de 10 000 FCFA, respectivement à -0,03% et -0,05%. Pour le gestionnaire comme pour l’épargnant averti, cette érosion initiale ne traduit aucune contre-performance opérationnelle mais reflète l’intégration des frais de constitution de portefeuille.  Les OPCVM, à l’instar du FCP AB Avenir ou de l’ASCA Patrimoine, continuent quant à eux, de grignoter des points de croissance, offrant une alternative plus respirable aux épargnants lassés par l’immobilisme de la cote directe.

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