Politique économique : Une étude pointe les limites de la stratégie camerounaise de croissance et d’emploi

Le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi n’a pas produit tous les effets attendus sur l’économie camerounaise. C’est l’un des principaux enseignements de la thèse soutenue le 18 août 2026 à l’Université de Buea par Ewane Cliford Ngabe, qui analyse les résultats de cette stratégie à l’aune de la pauvreté, de l’emploi, des infrastructures et du capital humain.
Le bilan du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) continue de susciter le débat dans les milieux universitaires. À l’Université de Buea, une thèse de doctorat en Science politique soutenue le 18 août 2026 propose une lecture critique de cette stratégie nationale de développement.
Intitulée « Cameroon’s National Development Strategies and Socio-Economic Challenges: An Evaluation of the Growth and Employment Strategy Paper (GESP) », la recherche d’Ewane Cliford Ngabe compte 465 pages. Elle a été présentée devant un jury de cinq membres, présidé par le professeur Abangma James Arrey.
Le jury, qui comptait notamment le professeur Ta-Mbi Nkongho, directeur de thèse, le Dr Munjah Vitalis Fagha, co-directeur, ainsi que les professeurs Mbida Onambele Max et Ndefru John, respectivement rapporteur externe et rapporteur interne, a jugé le travail « topique, contemporaine, bien menée et bien présentée ». Le président du jury a recommandé au Sénat de l’Université de Buea, l’attribution du grade de docteur au candidat lors de sa session de septembre.
Des résultats contrastés
La recherche évalue la mise en œuvre du DSCE au regard des principaux défis socio-économiques auxquels le Cameroun est confronté, notamment la pauvreté, le chômage, le déficit d’infrastructures et les insuffisances du capital humain.
Pour conduire son analyse, le chercheur s’est appuyé sur une approche qualitative fondée sur des entretiens et des groupes de discussion avec des acteurs impliqués dans la conception et la mise en œuvre du DSCE. L’étude mobilise également les théories de la dépendance, du « big push » et de la croissance endogène.
Son constat reste nuancé. La mise en œuvre de nombreux programmes a permis d’enregistrer des avancées dans plusieurs secteurs. Mais ces résultats n’ont pas permis de lever l’ensemble des contraintes structurelles. La pauvreté, en particulier, figure parmi les défis dont la situation s’est aggravée, selon les conclusions de la recherche.
Le chercheur identifie plusieurs facteurs susceptibles d’expliquer ces limites. Il relève notamment la dépendance du Cameroun à l’égard des économies développées et des bailleurs internationaux, l’insuffisance des investissements dans les infrastructures productives et l’inadéquation entre les compétences disponibles sur le marché du travail et les besoins de l’économie.
Face à la presse, Ewane Cliford Ngabe s’est toutefois gardé de dresser un bilan exclusivement négatif du DSCE. Il reconnaît des progrès dans plusieurs domaines, tout en estimant que leurs effets ont été limités par des contraintes internes et externes.
La mobilisation des ressources nationales au cœur des recommandations
Pour les prochaines stratégies de développement, la thèse recommande en premier lieu de renforcer la gouvernance et les mécanismes de suivi-évaluation. Le chercheur préconise notamment la mise en place d’un dispositif indépendant susceptible d’améliorer la redevabilité dans l’exécution des programmes publics.
La question de l’autonomie économique occupe également une place importante dans les recommandations. L’étude appelle à réduire la dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs en renforçant la mobilisation des ressources domestiques et en orientant davantage les investissements vers les infrastructures productives.
Le chercheur recommande par ailleurs de développer les partenariats public-privé et de renforcer la lutte contre la corruption. L’inclusion financière des populations vulnérables, le développement des chaînes de valeur agricole et des filets sociaux figurent également parmi les pistes proposées.
La recherche insiste enfin sur le rôle du secteur privé et du capital humain. Elle préconise des mesures favorisant l’entrepreneuriat ainsi qu’une réforme de la formation professionnelle afin de mieux l’adapter aux besoins du marché du travail.
Au-delà du DSCE, Ewane Cliford Ngabe invite la recherche universitaire à élargir le champ d’analyse. Il propose notamment une comparaison des stratégies nationales de développement au sein de la CEMAC, ainsi qu’une évaluation de la Vision 2035 et de la Stratégie nationale de développement 2030.
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