Marché financier : La BVMAC, grande absente du réseau des Bourses africaines

Alors que l’IPO de Dangote Petroleum Refinery se déroule à Lagos jusqu’au 13 octobre, la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) n’est toujours pas raccordée à l’African Exchanges Linkage Project (AELP). Son directeur général, Louis Banga Ntolo, voit pourtant dans cette plateforme une future voie d’accès des investisseurs de la CEMAC aux titres Dangote après leur cotation.
Dans un entretien accordé à nos confrères de La Lettre de la Bourse, le directeur général de la BVMAC reconnaît que la place financière régionale « n’a pas encore adhéré » à la plateforme déployée entre plusieurs Bourses membres de l’Association of African Stock Exchanges (ASEA). Cette adhésion, annoncée « en temps opportun », permettrait aux investisseurs de la CEMAC d’accéder aux titres de Dangote Petroleum Refinery « via le marché secondaire », après leur cotation prévue à la Nigerian Exchange (NGX).
Aucune échéance précise n’est toutefois avancée, alors que la cotation des titres de Dangote est attendue en novembre 2026. Dans l’immédiat, l’absence de connexion à l’AELP empêche les investisseurs de la sous-région de bénéficier de cette passerelle depuis le marché régional.
Un réseau encore en construction
Le directeur général décrit un projet « encore dans sa phase de rodage ». Les données évoquées dans son entretien font état de sept Bourses participantes sur les 36 membres de l’ASEA et d’une dizaine d’intermédiaires connectés.
Le réseau s’est toutefois élargi depuis le lancement de l’AELP Link en décembre 2022 à Abidjan. Sept places avaient alors participé à la phase pilote, dont la Bourse nigériane et les marchés de l’UEMOA. En juillet 2026, le Botswana, le Ghana, l’Ouganda et l’Eswatini ont rejoint le dispositif, portant à onze le nombre de Bourses participantes et à plus de 50 celui des courtiers connectés.
Cette progression ne signifie cependant pas un accès automatique aux différents marchés. Le fonctionnement de la plateforme repose sur l’interconnexion des intermédiaires des différentes places.
Un accès qui passe par les courtiers
L’investisseur n’accède en effet pas directement à l’AELP. Un courtier membre d’une Bourse participante doit connecter son système, identifier un partenaire dans une autre place et conclure avec lui un accord. Celui-ci doit être validé par le secrétariat de l’ASEA avant la mise en service.
Chaque transaction reste par ailleurs soumise aux règles du marché sur lequel elle est exécutée. Pour un investisseur camerounais ou gabonais, l’accès aux titres cotés à Lagos supposerait donc d’abord l’adhésion de la BVMAC, puis la connexion de sociétés de bourse de la CEMAC et, enfin, la mise en place de partenariats avec des intermédiaires nigérians.
Même une fois cette connexion établie, plusieurs contraintes devront être résolues. Louis Banga Ntolo évoque notamment les difficultés liées au « dénouement (règlement-livraison) », au change entre monnaies, à l’ouverture de comptes-titres transfrontaliers par les dépositaires centraux, ainsi qu’aux coûts supportés par les intermédiaires et les investisseurs.
S’y ajoutent les questions réglementaires, fiscales et technologiques. Une évaluation de l’AELP en 2026 relève d’ailleurs des volumes transfrontaliers encore limités ainsi que des différences entre les marchés en matière de règles de cotation, de transparence et de règlement.
L’ASEA avait déjà étudié en 2023 l’articulation avec le système panafricain de paiement et de règlement PAPSS, afin de faciliter les paiements et les règlements liés aux transactions entre marchés. Pour la BVMAC, l’enjeu est désormais de transformer ces projets d’interconnexion en accès effectif aux marchés africains.
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