Le 13 mars 2025, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, ministre des Transports et Yong Bok Shin, président Directeur général du groupe coréen Songuo motors Ltd, ont signé un Mémorandum d’entente, dans le cadre du projet « Cameroon taxi project ». Une initiative qui se divise en deux phases dont, une première consistant pour l’entreprise d’importer des véhicules ; tricycles et moto taxis de différents modèles ; et une seconde phase qui vise la construction d’une usine de production de ces engins au Cameroun.
La première phase consiste à l’importation de véhicules et vise le renouvellement du parc automobile et l’amélioration de l’offre de transport urbain par taxi au Cameroun. Grace à l’accompagnement de l’Etat, notamment en matière d’exonérations fiscales, les acteurs du transport auront à leur disposition des véhicules à coûts avantageux sous forme de prime à la casse ou de leasing. L’initiative semble adaptée à l’environnement socio-économique et répond aux attentes en matière de mobilité urbaine, selon le Mint. Cette phase devrait être effective d’ici octobre 2025. Il s’agira donc d’importer d’abord 3 000 taxis et 5 000 moto-taxis et tricycles.
La construction d’une usine de production de ces engins, arrive à la seconde phase du projet. Ainsi, il est prévu la mise sur pied d’une entité de montage et de maintenance desdits engins ainsi que d’autres types de véhicules tels que les pick-up et autres ambulances. L’objectif à terme ici, c’est d’approvisionner le parc automobile devenu vieillissant, avec en moyenne 10 000 voitures et 40 000 moto-taxis et tricycles par an ; procéder au transfert de technologie hybride en matière de construction automobile.
Concrètement, face aux faiblesses du système actuel de transport urbain par taxi, Songuo motors Ltd semble être la solution idoine pour le Cameroun. Le ministre des Transports va expliquer que le nouvel opérateur arrive avec la particularité qu’il dispose d’un système intégré de vidéosurveillance, pour lutter contre l’insécurité grandissante ; le paiement électronique et un faible niveau de consommation de carburant. En clair, Songuo motors vient révolutionner le transport urbain par taxis dans le pays.
Mais ce n’est pas la première fois qu’un tel projet est annoncé au Cameroun. Sauf que, cela reste le plus souvent un effet d’annonce pour tous ces grands projets. Pour le cas de Songuo motors, le MoU a été signé près de 20 ans après le début des négociations. Ce n’est qu’en avril 2023 que les discussions ont été relancées par Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè. On annonce en octobre 2025 l’aboutissement de la phase 1. Qu’en sera-t-il de la seconde phase, surtout si la première ne satisfait pas ?
Faux rendez-vous des voitures « Made in Cameroon »
Le Coréen Songuo motors Ltd veut s’essayer là où beaucoup ont échoué. Il y a environ 13 ans, le gouvernement annonçait la construction de la première usine d’assemblage et de montage de véhicules au Cameroun. Un projet dédié à la production de camions et de véhicules légers. L’objectif principal étant de fournir aux Camerounais, des voitures à la hauteur de leurs revenus.
En 2015, Cameroon industry automobile company (CIAC), a signé des accords avec des constructeurs Asiatiques. L’Indien Azad Coach, constructeur d’autocars et le Chinois Gac-Gonow qui avait pour ambition de fournir des SUV et des minivans au Cameroun. La capitale économique et la cité balnéaire de Kribi ont été choisies pour abriter les sites de ces entreprises. Bien entendu il ne s’agissait pas d’usines de production. Simplement d’« unités tournevis », faute de réel tissu industriel et de main d’œuvre qualifiée.
Le parc automobile camerounais est essentiellement constitué de voitures d’occasion, les voitures neuves étant surtaxées et par conséquent hors de portée. Toutes choses devant encourager la production locale. Cependant, outre Sotrabus (Société de transformation de bus), première unité de montage des bus au Cameroun et sur l’ensemble de l’Afrique centrale, qui a vu le jour en 2015 à Douala, aucun autre projet du genre n’a émergé au Cameroun.
Des projets sans matérialisation
Yaoundé, capitale politique a connu un évènement majeur le 20 avril 2017. Le public a assisté à une exposition toute spéciale. Celle des véhicules qu’on pensait voir imminemment rassemblés au Cameroun, précisément dans la ville portuaire de Kribi. Au podium, 20 engins flambant neufs. Notamment des Berlines, des camionnettes, des minibus, 4×4 et autres tracteurs, sortis du port de Douala.
Ernest Ngwaboubou, ancien ministre des Mines, de l’industrie et du développement technologique, a procédé à la pose de la première pierre de l’usine d’assemblage de voitures « Made in Cameroon », en septembre 2018 à Douala. Une convention de 24 hectares signée entre la CIAC et la Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles (Magzi). De cette usine devraient en ressortir des Berlines qui prendraient en compte, le porte-monnaie du Camerounais moyen.
Bien avant ces projets, d’autres ont existé. C’est le cas du projet « Le Bus » de Transnational Automotive Group (TAUG), qui finalement s’est avérée une autre promesse non tenue. Le projet « Le Bus » a été annoncé en 2006. TAUG aurait revendu ses actions dans ce projet à un investisseur zimbabwéen, qui envisageait la construction d’une unité de montage de véhicules à Limbé, dans la région du Sud-Ouest. Mais, celui-ci n’a jamais vu le jour. Alors que les usines d’assemblage se multiplient dans d’autres coins d’Afrique, le Cameroun reste toujours en attente de ses voitures montées localement. Songuo motors Ltd va-t-il réussir son pari dans ce marché dominé par les véhicules d’occasion ?