L’ambiance feutrée des assemblées générales de la Socapalm cache parfois de vrais arbitrages de pouvoir. Le 29 mai dernier à Douala, ce ne sont pas les 10,638 milliards de FCFA de bénéfice net, pourtant en progression de 2,2 % qui ont fait réagir l’assistance, mais le calendrier de sa redistribution. Face à un Conseil d’administration qui prévoyait de solder les comptes à la fin de l’automne, la base actionnariale a fait bloc pour un ajustement d’échéance.
« Trop loin, trop tard ». C’est en substance le message renvoyé par les investisseurs lorsque la cinquième résolution a acté la mise en paiement des dividendes pour le 30 septembre 2026. Dans un contexte économique où la liquidité est reine sur la place de Douala, les actionnaires ont immédiatement réclamé un raccourcissement des échéances. Un bras de fer payant : la direction a plié, ramenant contractuellement la date butoir au 31 juillet 2026.
L’enveloppe globale à distribuer s’élève à 10,638 milliards de FCFA, soit un coupon brut de 2 325 FCFA par action. Dans le détail des lignes boursières soumises à la retenue de 11 % sur le revenu des capitaux mobiliers, le net perçu par coupon s’affichera à 2 069 FCFA. Pour les actions nominatives hors bourse, les résidents camerounais et étrangers (hors France) toucheront 1 941 FCFA, contre 1 976 FCFA pour les résidents français. Les domiciliations dans les juridictions qualifiées de paradis fiscaux fermeront la marche avec un net de 1 557 FCFA.
Cette exigence de paiement rapide reflète la physionomie d’une valeur qui reste l’un des poumons de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique Centrale, malgré un léger fléchissement récent de son cours. Avec un chiffre d’affaires robuste de 91,292 milliards de FCFA en 2025, la Socapalm prouve sa résilience agro-industrielle. Ses indicateurs financiers affichent désormais une stabilité remarquable. Un capital social inchangé à 45,557 milliards de FCFA et une réserve légale qui a atteint son plafond maximum à 9,161 milliards de FCFA.
En acceptant de décaisser ces milliards avec deux mois d’avance, la Socapalm s’offre un gage de paix sociale avec le marché flottant. Elle rappelle surtout une règle d’or du capitalisme de proximité à savoir : en période de doutes macroéconomiques, un dividende attendu vaut mieux que deux courbettes institutionnelles. Les caisses régionales, elles, attendent désormais le 31 juillet pour acter ce grand bol d’air financier.

