Comment concilier valorisation des atouts naturels et culturels du Cameroun et protection renforcée de l’environnement ? La question est d’autant plus pressante que la crise des déchets, qui touche l’ensemble du territoire, n’épargne ni les sites naturels ni les destinations touristiques. L’afflux croissant de visiteurs accentue la pression sur des écosystèmes fragiles comme les plages, les mangroves, et les forêts équatoriales.
Un objectif chiffré à l’horizon 2027
Pour réduire l’empreinte écologique du secteur, le gouvernement s’est fixé un objectif de réduction de 20 % du volume des déchets générés par le tourisme d’ici 2027. Cette ambition a été réaffirmée mardi 2 juin 2026 à Kribi, à l’occasion de la 20e édition de la Journée mondiale pour un tourisme responsable, placée sous le thème : « Gestion responsable des déchets pour un tourisme durable ».
« Il faut former les acteurs, sensibiliser les populations, changer les mentalités et veiller à ce que le respect de l’environnement et la conservation de la biodiversité fassent partie de toutes nos initiatives », a déclaré le ministre du Tourisme et des Loisirs par intérim, Gabriel Mbaïrobe.
La lutte contre les déchets touristiques cible aussi bien le gaspillage alimentaire que les plastiques, principale source de pollution et de dégradation des sites. Le socle de cette politique repose sur la mise à jour du cadre juridique, le renforcement du contrôle des normes environnementales et une vaste campagne de professionnalisation des acteurs, guides, hôteliers, restaurateurs et transporteurs. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre des Objectifs de développement durable de l’ONU, notamment l’ODD 12 sur la consommation responsable et l’ODD 8 sur la croissance économique inclusive. À Ebodje, dans l’arrondissement de Campo, la préservation des tortues marines illustre déjà ce type d’engagement local.
Un levier de diversification économique
Au-delà de l’enjeu environnemental, la dimension économique est centrale. Le tourisme responsable peut devenir un puissant moteur de diversification pour un pays encore très tributaire des matières premières. Selon le World Travel & Tourism Council (WTTC), le secteur représentait environ 3,7 % du PIB en 2016, avec une prévision de croissance annuelle moyenne de 5,3 % jusqu’en 2027. Les recettes touristiques internationales avaient atteint 681 millions de dollars en 2019, avant de chuter avec la pandémie de Covid-19.
Le ministre Mbaïrobe plaide pour une approche d’économie circulaire : « Il n’est plus possible de concevoir le développement touristique en faisant abstraction des impacts environnementaux. Les déchets doivent être considérés comme une source de développement économique et une matière première, pour la production de pavés, d’engrais organiques ou d’autres composants. » Des jeunes entreprises camerounaises s’engagent déjà dans cette voie, notamment dans le recyclage des plastiques.
Le Cameroun dispose d’un potentiel touristique considérable (plages, montagnes, forêts équatoriales, savanes et sites culturels) qui lui vaut le surnom d’« Afrique en miniature ». Mais ce potentiel ne pourra se concrétiser que si les conditions environnementales sont préservées. « Aucun tourisme durable ne peut prospérer sur des plages couvertes de déchets, dans des mangroves dégradées ou des océans où la biodiversité disparaît silencieusement. Préserver notre environnement n’est pas une option, c’est une nécessité », avertit Xavier Ndjamo, coordonnateur de l’ONG Tube Awu.

