Le coup de pioche du 8 juin 2026 sur le site de Kobe-Kobe, dans le département du Komo-Océan, referme plusieurs mois de négociations et ouvre un chantier dont l’horizon est fixé à 2030. Les panneaux officiels de la cérémonie ne laissent aucune ambiguïté sur la structure du projet : l’État gabonais, Africa Global Logistics (AGL) et Algest Investment Bank figurent côte à côte comme parties prenantes du lancement.
Le projet repose sur quatre composantes liées à savoir un port minéralier sur la façade atlantique, un corridor ferroviaire reliant Belinga à la côte, un barrage hydroélectrique à Booué et l’exploitation du gisement de fer de Belinga, l’un des plus importants encore inexploités au monde avec plus d’un milliard de tonnes de réserves. Selon les chiffres avancés par les documents officiels, 7,5 milliards de dollars d’investissement ont été mobilisés, plus de 100 000 emplois sont attendus, une valeur annuelle projetée de 10 milliards de dollars et un accroissement du PIB gabonais de 50 %.
Algest, de la structuration à la signature
La présence d’Algest Investment Bank dans ce dossier remonte à la genèse du montage. Lors de la signature de la convention stratégique entre l’État et AGL, le 23 avril 2026 au palais présidentiel, le ministre d’État aux Transports Ulrich Manfoumbi Manfoumbi avait cité explicitement la banque d’affaires comme partie prenante, aux côtés du ministère de l’Économie et d’AGL. Fondée à Abidjan et présente à Paris, Abidjan et Brazzaville, Algest est spécialisée dans la finance structurée en Afrique subsaharienne. Le cumul des financements structurés ou arrangés par la banque pour le compte de l’État gabonais atteindrait environ 4 300 milliards de FCFA, incluant l’opération « Mouele » (1 404 milliards de FCFA) et un préfinancement pétrolier de 1 milliard de dollars conclu avec Trafigura en avril 2026.
Sur le volet opérationnel, c’est Africa Global Logistics qui conduit les travaux. Filiale à 100 % du groupe MSC, premier armateur mondial, AGL gère 42 terminaux portuaires en Afrique. Au Gabon, l’opérateur emploie plus de 1 100 collaborateurs, dont 98 % de Gabonais, à travers l’Owendo Container Terminal et le chantier naval DPS de Port-Gentil. Kobe-Kobe viendra compléter ce dispositif, là où Owendo traite les conteneurs, Kobe-Kobe accueillera les vraquiers de grand tonnage que les configurations actuelles du port camerounais de Douala ne peuvent recevoir, positionnant le Gabon en concurrent direct sur les corridors de transit d’Afrique centrale.
En mai 2026, en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville, Oligui Nguema avait directement sollicité les investisseurs internationaux pour rejoindre le financement du projet. Le lancement du 8 juin transforme cet appel en obligation de résultats.
Reste, à ce stade, à mesurer la capacité d’exécution. Le calendrier retenu est contraint. La ligne ferroviaire Belinga–Kobe-Kobe représente un chantier de plusieurs centaines de kilomètres en milieu forestier. Le bouclage définitif du financement du projet dans son intégralité n’a pas encore été rendu public. Ce sont les prochaines étapes sur lesquelles Algest Investment Bank, désormais identifiée comme l’architecte financier de référence de l’État gabonais, aura la main.


