Le long marathon boursier de BGFI Holding Corporation (BHC) touche enfin à son terme. Réuni en visioconférence le 7 avril dernier, le Comité d’Admission et de Développement (CAD) de la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) a levé le dernier verrou réglementaire par la décision N° CAD/07-04-2026/02, ouvrant la voie à l’inscription du géant bancaire au Compartiment A-Premium, l’élite de la cote régionale. L’autorisation intervient après un processus semé d’embûches, marqué par des recours judiciaires et plusieurs prolongations de la période de souscription.
Une collecte en deçà des ambitions initiales
L’opération porte sur 566 561 titres de capital, pour une valeur totale de 45,3 milliards de FCFA. Un résultat en net retrait par rapport à l’objectif initial de 125,9 milliards de FCFA affiché lors du lancement de l’offre en novembre 2025, soit un taux de souscription de seulement 36 %. Ce niveau s’explique par la conjonction de deux facteurs structurels : la faible profondeur du marché financier régional et le prix élevé de l’action, fixé à 80 000 FCFA, l’un des plus hauts jamais proposés lors d’une introduction en bourse dans la sous-région.
Pour valider ce dossier, la BVMAC a dû actionner un mécanisme d’exception. Ses règles imposent à tout émetteur souhaitant accéder à la cote de diffuser dans le public au moins 10 % de son capital social et un minimum de deux millions de titres. BGFI Holding Corporation n’a atteint ni l’un ni l’autre de ces seuils. Le CAD a néanmoins accordé la dérogation sollicitée, au nom d’un argument décisif : l’impact démocratisant de l’opération sur l’actionnariat régional.
Avec 7 601 souscripteurs mobilisés, dont 71 % de personnes physiques, cette IPO a en effet permis d’augmenter de 80 % le nombre total d’investisseurs recensés dans la zone CEMAC. En une seule opération, la base actionnariale du groupe a été multipliée par dix-sept, un signal fort pour l’inclusion financière régionale que le régulateur n’a pas pu ignorer.
Des conditions suspensives avant la première cotation
La cotation effective reste cependant suspendue à deux préalables techniques : l’admission des titres aux mécanismes du Dépositaire Central Unique (DCU) et la mise à jour des statuts sociaux de la holding. Par ailleurs, pour garantir la liquidité d’un titre au nominal élevé, la Bourse encourage vivement la mise en place d’un contrat d’animation de marché, un filet de sécurité indispensable pour attirer les investisseurs.
L’arrivée de BGFI représente un événement structurant pour le marché financier de l’Afrique centrale. Avec cette nouvelle cotation, la capitalisation boursière du compartiment actions devrait quasiment tripler, bondissant de 66 à près de 192 milliards de FCFA.
Pour le groupe, les fonds levés viendront alimenter le plan stratégique « BGFI 2030 », qui vise un total bilan de 8 300 milliards de FCFA. La première cotation, à venir, constituera le véritable test de profondeur du marché pour ce nouveau mastodonte de la finance régionale et, peut-être, le point de départ d’une nouvelle ère pour la BVMAC.

