Le constat est sévère mais lucide. Sur les près de 460 000 entreprises recensées dans le secteur formel camerounais au 31 décembre 2025, à peine 800 sont de grandes structures. Le reste, un océan de petites et micro-entreprises, se heurte systématiquement au mur invisible des normes internationales. À l’aéroport ou dans les ports américains, le verdict tombe souvent sans appel : des cargaisons entières de produits camerounais sont bloquées ou refoulées, faute d’avoir anticipé les exigences réglementaires de la première économie mondiale.
C’est pour guérir ce mal chronique de la non-conformité que s’est ouvert le 28 mai 2026 à Douala l’Export Readiness Training. Portée par Émilie Siewe, présidente d’American Liaison in Africa (ALA), cette immersion technique de deux jours vise à reconnecter la production locale avec la comptabilité nationale, réduisant ainsi le déficit commercial bilatéral. Pour le gouvernement, qui a dépêché le ministre des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, comme représentant personnel du Premier ministre, l’enjeu est structurel. L’ambition est de porter la valeur ajoutée manufacturière du pays de 26,25 % en 2015 à près de 51 % d’ici 2030, une trajectoire indispensable pour nourrir l’émergence projetée en 2035.
Sur le terrain, la thérapie passe par le pragmatisme. L’accès au marché américain ne s’improvise plus à coup de supposées facilités ou de réseaux informels. Des experts douaniers de la zone Cemac et des spécialistes en assurances rappellent une règle d’or : tout s’anticipe, du conditionnement à la couverture des risques logistiques. Pour franchir la douane américaine, la maîtrise du packaging, du labeling et des certifications sanitaires est aussi vitale que la qualité brute du produit. La session de Douala marque ainsi le top départ d’une caravane nationale de dissémination qui se déploiera prochainement à Yaoundé, dans la partie septentrionale, puis à Limbé.
La réponse à ce défi technique s’accompagne d’une innovation structurelle avec le déploiement de la plateforme numérique GlowAway. Conçu en synergie avec des partenaires américains, cet outil mettra directement en relation les producteurs camerounais mis aux normes et les acheteurs outre-Atlantique, sécurisant les transactions en mode B2B. Alors que la suspension temporaire de certains avantages liés à l’AGOA impose un ajustement rigoureux aux conditionnalités rigides du marché, le secteur privé camerounais est désormais face à ses responsabilités. Les outils sont là, la volonté politique est affichée, il appartient maintenant aux entrepreneurs de transformer l’essai pour conquérir des parts de marché pérennes.

