Un projet industriel se juge rarement à ce qu’il produit. Il se juge à ce qu’il transforme. À Kribi, le projet CSTAR engage une transformation dont les effets dépasseront largement les limites de la zone portuaire de Mboro.

Le programme global représente près d’un milliard de dollars d’investissements et devrait générer plus de 2 000 emplois directs et indirects, tout en favorisant le transfert de compétences. Le document de cadrage du projet porte ce chiffre à 2 500 postes, entre la phase de construction et l’exploitation du complexe. Mais le vrai sujet n’est pas le chiffre. C’est la nature de ces emplois.

Le Cameroun dispose d’une population jeune, sans secteur industriel à la mesure de ses besoins. Chaque année, des centaines de milliers de nouveaux entrants arrivent sur un marché du travail que les secteurs traditionnels peinent à absorber. L’économie exporte des matières premières. Elle importe la valeur ajoutée. CSTAR rompt avec cette logique.

La raffinerie mobilisera des compétences en exploitation industrielle, maintenance, contrôle des systèmes, logistique et gestion d’infrastructures. Ce sont des postes stables, à contenu technique, assortis de salaires compétitifs et de perspectives d’évolution. Des emplois qui construisent une classe professionnelle, pas seulement des revenus.

Au-delà des emplois directs, chaque poste dans une infrastructure énergétique génère un écosystème d’activités connexes. Les études sur le secteur du raffinage établissent qu’un emploi industriel direct entraîne la création de trois à cinq emplois dans l’économie environnante, entre transport, logistique, services portuaires, maintenance sous-traitée et commerce de proximité.

La position de Kribi renforce cette mécanique. Ville portuaire avec une ouverture maritime, elle a le potentiel de fonctionner comme plateforme énergétique et logistique pour la zone CEMAC. Cette dimension régionale élargit le bassin d’emplois et de services bien au-delà du Cameroun.

Ce projet s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30), dont l’axe central repose sur la transformation structurelle de l’économie, l’industrialisation et la création d’emplois pour la jeunesse. La raffinerie utilisera du brut national, en particulier celui du champ d’Ebome, ancrant ainsi la chaîne de valeur sur des ressources locales plutôt que sur des importations.

Les capacités de stockage du pays, actuellement à 270 000 m³, sont en dessous des exigences réglementaires qui imposent une cible d’environ 470 000 m³ pour couvrir les stocks de sécurité et commerciaux. CSTAR comble ce déficit tout en créant les conditions d’une filière industrielle durable.

Un projet énergétique qui crée des emplois qualifiés, renforce les capacités de stockage, réduit la dépendance aux importations et génère des recettes d’exportation, c’est la définition d’un levier de souveraineté. Pas une promesse. Un chantier en cours.

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