À travers sa Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), le gouvernement camerounais s’est fixé pour but de densifier la production industrielle nationale pour satisfaire la demande intérieure via l’import-substitution, tout en développant des exportations à forte valeur ajoutée. Sur le terrain, la réalité est plus contrastée. À mi-parcours de la SND30, les évaluateurs recommandent notamment l’accélération de l’import-substitution agropastorale, signe que les résultats tardent.
Pourtant, dans les allées discrètes du tissu entrepreneurial camerounais, des initiatives incarnent déjà ce virage. Bio-Top-Commodity (BTC), une petite structure née en 2020 à Douala avec un capital d’un million de FCFA, en est l’illustration. Sous la marque Mârah, la fondatrice Riter Metiayim a bâti une gamme d’huiles vierges pressées à froid (sésame, pistache, arachide) et de poudres nutritionnelles, toutes issues de graines cultivées localement. Le procédé de pression à froid préserve les nutriments et les arômes, garantissant des huiles pures, sans additifs, directement concurrentes des produits importés qui encombrent les rayons des grandes surfaces camerounaises.
L’originalité de BTC tient aussi à sa chaîne d’approvisionnement. L’entreprise s’approvisionne auprès de coopératives féminines dans le Nord, dans le département du Noun à l’ouest du pays et dans la région du Centre, renforçant ainsi l’économie rurale et l’autonomie financière des femmes productrices. Les résidus de pressage, loin d’être jetés, sont transformés en poudres protéinées polyvalentes, pour les sauces, bouillies ou pâtisseries.
La politique d’import-substitution prônée par l’État participe de ce souci d’indépendance alimentaire, notamment dans la fourniture des matières premières pour les industries locales. BTC incarne exactement cette logique : zéro matière première étrangère, zéro dépendance aux circuits internationaux.
L’entreprise intègre dans ses effectifs , des jeunes en réinsertion, des personnes à mobilité réduite, des femmes issues de zones de conflit, et des orphelins. Une politique inclusive qui dépasse le cadre de la production pour s’inscrire dans une vision de cohésion nationale.
Les produits Mârah sont désormais distribués dans plusieurs grandes enseignes au Cameroun. Une présence encore modeste, mais symboliquement forte. Le « Made in Cameroon » n’est plus seulement un slogan de politique publique. Il se retrouve, en bouteille, sur l’étagère d’un supermarché.


