À six mois de l’échéance cambodgienne, la course à la direction de l’OIF oppose désormais cinq personnalités issues de quatre continents. La clôture des candidatures a été annoncée le week-end du 18 mai 2026. Le sommet de Phnom Penh, placé sous le thème de la paix, de la stabilité et de la prospérité durable, verra l’élection du secrétaire général de l’organisation. Initialement prévu à Siem Reap, il a été transféré à Phnom Penh en février 2026 pour des raisons logistiques, la capitale cambodgienne offrant des infrastructures adaptées à l’accueil de 5 000 à 7 000 délégués.

Louise Mushikiwabo, candidate à un troisième mandat

La secrétaire générale sortante a confirmé qu’elle brigue un troisième mandat. Elle avait été élue en 2018 lors du Sommet de la Francophonie qui s’était tenu en Arménie, puis réélue en 2022 à celui de Tunisie.

Le 16 mars 2026, alors qu’elle était en déplacement à Québec pour présenter l’édition 2026 du rapport sur la langue française dans le monde, Mushikiwabo a déclaré se sentir l’énergie et la volonté de continuer, tout en reconnaissant l’existence d’une compétition. Sa candidature a dû naviguer à travers les secousses géopolitiques dans l’espace francophone, notamment les coups d’État au Mali, au Niger et au Burkina Faso, trois États membres historiques de l’OIF.

Juliana Amato Lumumba, l’atout symbolique de la RDC

Par communiqué daté du 26 février 2026, le gouvernement de la République démocratique du Congo a officialisé la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire générale. Ancienne ministre de la Culture, elle est la fille de Patrice Lumumba, premier premier ministre de la RDC, héros de l’indépendance congolaise.

En visite officielle au Canada à partir du 18 avril 2026, elle a multiplié les rencontres diplomatiques, notamment à Montréal, Ottawa et Québec, pour porter sa vision d’une Francophonie plus solidaire. La candidate a précisé que sa candidature n’avait rien à voir avec le conflit qui oppose son pays au Rwanda, État d’origine de la secrétaire générale sortante.

Dacian Ciolos, la carte européenne de la Roumanie

Le 15 avril 2026, le ministère des Affaires étrangères de la Roumanie a transmis par voie diplomatique la lettre du président Nicusor Dan, adressée au président français Emmanuel Macron en sa qualité de président en exercice du Sommet de la Francophonie.

La Roumanie a ainsi officialisé la candidature de Dacian Ciolos, ancien premier ministre et ancien commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural, pour le mandat 2027-2030. Dacian Ciolos a entamé une tournée diplomatique sur le continent africain, dans l’objectif de rallier les soutiens des États membres dont les voix seront déterminantes lors du scrutin.

Coumba Bâ, la candidature mauritanienne

La Mauritanie a officiellement annoncé, le 17 avril 2026, la candidature de la docteure Coumba Bâ au poste de secrétaire générale de l’OIF. Actuellement ministre-conseillère à la présidence de la République et envoyée spéciale auprès de l’OIF depuis 2024, elle est présentée par Nouakchott comme une candidate d’expérience pour diriger l’organisation. Sa candidature bénéficie du soutien du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et aurait été évoquée lors de discussions diplomatiques à Paris, Brazzaville et Malabo. La candidature mauritanienne peut être lue comme une tentative de repositionnement de l’Afrique de l’Ouest et du monde arabe francophone dans les équilibres internes de l’organisation.

Roll Stéphane Ngomat, le pari gabonais

Après le Rwanda, la RDC, la Mauritanie et la Roumanie, le Gabon s’est lancé à son tour à la conquête de l’OIF avec la candidature du diplomate Roll Stéphane Ngomat, dont le profil a été construit à la croisée des dynamiques africaines et des cadres multilatéraux.

Son passage au sein de l’Union africaine lui a permis d’aborder des dossiers liés à la gouvernance, à la prévention des conflits et à la réforme des secteurs de sécurité. Il met en avant une approche axée sur la connexion entre acteurs publics et privés dans des secteurs comme l’énergie, les infrastructures, l’agriculture et le numérique.

Un enjeu financier et institutionnel de taille

Le poste de secrétaire général de la Francophonie est un poste dont le titulaire représente les plus importants joueurs francophones de la planète, avec un budget d’environ 116 millions de dollars en 2026. Le Canada a versé 43 millions à l’OIF en 2025-2026, ce qui en fait le deuxième plus grand contributeur après la France. L’élection se tiendra en novembre à l’occasion du 50e Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, au Cambodge. Cette décision est traditionnellement prise par consensus, c’est-à-dire que l’on vise à obtenir l’accord général des pays membres plutôt qu’une simple majorité.

Avec trois candidatures issues d’Afrique subsaharienne sur cinq, la course à la tête de l’OIF illustre la recomposition des rapports de force au sein d’une organisation dont le centre de gravité démographique se déplace vers le continent africain. Les semaines à venir verront s’intensifier les tractations diplomatiques entre les 93 États et gouvernements membres de l’organisation.

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