Une animation en trompe-l’œil sur le marché financier de la CEMAC
Derrière le calme plat apparent de la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale, dont la capitalisation globale s’est maintenue inchangée à 1 689,15 milliards de FCFA, les positions s’activent en coulisses sans parvenir à se croiser. La stagnation de l’indice de référence ne traduit pas un désintérêt des donneurs d’ordres, mais un face-à-face stérile entre des vendeurs pressés de liquider leurs lignes et des acheteurs exigeant des décotes massives.
L’unique étincelle de la journée est venue du secteur agro-industriel camerounais. Une transaction minimaliste portant sur dix petites actions de la Société Africaine Forestière et Agricole du Cameroun a été enregistrée au cours stable de 35 000 FCFA. Ce flux modeste de 350 000 FCFA représente l’intégralité de l’activité du compartiment des actions pour cette séance. Pour l’investisseur moyen, ce statu quo est le symptôme direct d’un élargissement du spread, cet écart de prix qui paralyse les négociations.
Le cas de la valeur BGFI Holding Corporation est à ce titre emblématique de la psychologie du marché régional en ce milieu de deuxième trimestre. Alors que le carnet affichait six ordres d’achat, les intentions de vente culminent à 308 titres, mais l’intransigeance des acheteurs sur un prix inférieur aux prétentions des vendeurs a condamné l’instrument au surplace. Cette quête de liquidités non satisfaite se propage sur la quasi-totalité des valeurs phares de la cote.
Pression vendeuse et crise de liquidité sur les actions phares
Les actionnaires institutionnels et privés tentent visiblement d’alléger leurs portefeuilles, comme en témoignent les structures des carnets sur la Société Camerounaise de Palmeraie avec 511 titres offerts, la microfinance La Régionale avec 561 actions en quête de preneurs, ou encore la Société Commerciale Gabonaise de Réassurance qui accumule 791 propositions de vente. En face, la demande reste squelettique, se résumant à de timides manifestations sur la Société des Eaux Minérales du Cameroun et sur la Banco Nacional de Guinea Ecuatorial.
Sur le compartiment obligataire, le constat s’avère encore plus austère pour les rentiers de la région. Aucun échange n’a été répertorié sur les trente-quatre lignes de dettes souveraines et privées, laissant l’encours de la dette stable à 1 491,93 milliards de FCFA. Les investisseurs de la communauté économique préfèrent conserver leurs obligations du Cameroun ou du Gabon jusqu’à l’échéance pour encaisser les coupons plutôt que de risquer une décote sur un marché secondaire manquant cruellement de profondeur.
Arbitrage des épargnants et refuge vers les fonds monétaires
Cette frilosité ambiante envers le risque action se répercute de manière logique sur la gestion collective, où les gérants de portefeuilles subissent les arbitrages des épargnants. Le fonds diversifié Harvest Actions CEMAC a ainsi essuyé un repli de sa valeur liquidative hebdomadaire de 2,12%. À l’inverse, l’épargne locale se réfugie massivement vers la sécurité des supports monétaires et obligataires à court terme, permettant à des véhicules de placement comme le fonds AB Avenir de progresser régulièrement de 0,47%.
Ce comportement d’arbitrage démontre que si l’épargne existe bel et bien en zone CEMAC, elle demeure prisonnière d’une culture d’attentisme. Tant que les teneurs de marché ne parviendront pas à fluidifier les contreparties, la place de Douala restera soumise à ce grand blocage technique où tout le monde cherche la porte de sortie sans vouloir en payer le prix.


