La question de la dette s’est imposée comme l’un des principaux sujets du discours prononcé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema devant le Congrès le 16 juin dernier. Évoquant l’héritage économique laissé par l’ancien régime, le chef de l’État a reconnu que « le niveau de la dette était abyssal », estimant son poids à 70 % du produit intérieur brut (PIB). Une déclaration qui traduit la volonté des autorités d’assumer l’ampleur des déséquilibres budgétaires accumulés ces dernières années.

Si ce ratio marque déjà un niveau élevé d’endettement, les estimations des institutions financières internationales apparaissent plus préoccupantes. Les projections du Fonds monétaire international (FMI) situent la dette publique gabonaise à près de 79 % du PIB en 2025, avec une progression potentielle au-delà de 82 % en 2026 en l’absence d’un assainissement durable des finances publiques. Une trajectoire qui continue d’alimenter les interrogations des investisseurs, alors que l’agence de notation Fitch avait déjà abaissé la note souveraine du pays en janvier 2025.

Le poids croissant du service de la dette

Au-delà du niveau d’endettement, c’est désormais le coût de son financement qui préoccupe les autorités. Les échéances de remboursement attendues en 2026 pourraient représenter environ 2 500 milliards de FCFA, soit un montant considérable au regard des capacités budgétaires de l’État.

Cette contrainte a déjà conduit le gouvernement à revoir sa programmation budgétaire. Le projet de loi de finances rectificative présenté pour l’exercice 2026 prévoit une réduction substantielle des dépenses d’investissement, de l’ordre de 968 milliards de FCFA. Officiellement, l’exécutif justifie cette révision par la suppression de projets insuffisamment préparés ou dépourvus d’études de faisabilité robustes, conformément aux recommandations formulées de longue date par les partenaires financiers internationaux.

Pour Libreville, l’enjeu consiste désormais à préserver les grands équilibres macroéconomiques sans compromettre les investissements jugés stratégiques pour la diversification de l’économie.

Un retour recherché auprès du FMI

La stratégie gouvernementale repose également sur une normalisation des relations avec le FMI. Depuis l’expiration, en juin 2024, du précédent programme appuyé par une Facilité élargie de crédit de 553 millions de dollars, le Gabon évolue sans cadre formel avec l’institution de Washington.

L’absence d’accord prive le pays d’un signal de confiance important auprès des marchés financiers internationaux. Elle intervient dans un contexte où les réserves de change demeurent relativement limitées et où les conditions de financement sur les marchés régionaux restent plus exigeantes qu’au cours de la décennie précédente.

L’obtention d’un nouveau programme constituerait ainsi bien plus qu’un simple soutien financier. Elle offrirait une validation externe de la trajectoire de redressement engagée par les autorités et renforcerait la crédibilité de la politique budgétaire auprès des créanciers.

Libreville met en avant plusieurs initiatives destinées à démontrer sa capacité à gérer activement son endettement. Le rachat anticipé, en novembre 2024, d’une partie significative d’un eurobond arrivant à échéance en juin 2025 a été perçu comme un signal positif par les investisseurs. Cette opération a contribué à réduire les risques de refinancement à court terme et à améliorer temporairement la perception du risque souverain gabonais.

Le président Oligui Nguema défend désormais le principe d’une « dette utile », orientée vers le financement d’infrastructures productives telles que les ports en eau profonde, les réseaux ferroviaires ou les barrages énergétiques. Une approche qui vise à distinguer l’endettement destiné à soutenir la croissance future de celui qui finance les dépenses courantes.

Pour les bailleurs de fonds comme pour les marchés, la crédibilité de cette doctrine dépendra toutefois de sa traduction concrète dans les choix budgétaires et dans la qualité des projets financés. Plus qu’une réduction mécanique du stock de dette, c’est la capacité du Gabon à démontrer une gestion rigoureuse et transparente de ses finances publiques qui déterminera le rétablissement durable de sa signature financière.

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