C’est autour d’un café-rencontre organisé le 5 mars à Douala que Norbert Ngniwake, directeur général d’Afri Insurance, a levé le voile sur les contours d’une stratégie régionale d’envergure. Dans une interview accordée au journal L’Economie, le dirigeant a détaillé les ambitions du groupe CCA Holding, dont la filiale assurantielle constitue désormais l’un des piliers d’un dispositif financier en pleine expansion continentale.
Le Sénégal, prochain front stratégique
L’expansion d’Afri Insurance suivra celle de CCA Bank, grâce à l’agrément unique du groupe. Selon Norbert Ngniwake, la compagnie sera prochainement présente au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Bénin. Mais c’est le marché sénégalais qui retient tout particulièrement l’attention. Une acquisition bancaire est en cours au Sénégal, avec une extension prévue par succursales dans d’autres pays, ce qui permettra au groupe de déployer ses services d’assurance en Afrique de l’Ouest via la création de filiales et de succursales.
Cette implantation sénégalaise s’inscrit dans la logique de bancassurance qui est au cœur du modèle CCA Holding. En d’autres termes, là où CCA Bank s’installe, Afri Insurance suit, en s’appuyant sur le même réseau de clientèle, les mêmes agences et la même infrastructure numérique.
La CEMAC d’abord, puis l’Ouest
Avant l’Afrique de l’Ouest, c’est en zone CEMAC qu’Afri Insurance consolide ses positions. Dans les semaines à venir, la compagnie sera présente dans les pays où CCA Bank est déjà implantée en Afrique centrale : Tchad, République centrafricaine, Congo et Gabon, ainsi qu’en Guinée Conakry où la banque a récemment obtenu son agrément. Ce maillage progressif témoigne d’une montée en puissance méthodique, construite autour de l’empreinte bancaire du groupe.
La bancassurance comme levier de différenciation
Au-delà de la géographie, c’est le modèle économique qui distingue Afri Insurance de ses concurrents. Le partenariat avec CCA Bank permet désormais à la compagnie de proposer le préfinancement des primes d’assurance : si un client éprouve des difficultés de trésorerie, la banque règle directement la prime auprès d’Afri Insurance, le client remboursant ensuite par mensualités sur une année. Ce dispositif, accessible aux particuliers comme aux entreprises sous condition d’ouverture de compte, constitue une réponse directe à l’une des principales barrières à l’assurance en Afrique : « l’impossibilité de payer la prime en une seule fois».
Le digital comme cheval de bataille
Norbert Ngniwake, fort de plus de quarante ans d’expérience dans le secteur assurantiel camerounais — passé par Socar, CNA, Salam, Activa, NSIA et Atlantique Assurance —, a fait de la numérisation le marqueur central du projet Afri Insurance. Les courtiers partenaires recevront gratuitement des tablettes connectées à la plateforme de souscription, permettant aux clients d’obtenir des propositions instantanées et de régler leurs primes directement. La déclaration et le suivi des sinistres se font également en ligne, sans déplacement en agence.
Pour appuyer la pertinence de cette transformation numérique, le dirigeant cite l’exemple ivoirien : « depuis la dématérialisation des souscriptions en Côte d’Ivoire, le chiffre d’affaires du secteur assurantiel est passé de 300 milliards à près de 700 milliards FCFA en 2025. Un signal fort pour les marchés encore peu pénétrés», fait-il savoir.
Un secteur africain à réformer
Derrière l’ambition expansionniste, Afri Insurance porte aussi un discours de réforme structurelle. Deux facteurs expliquent principalement la faible pénétration de l’assurance en Afrique : « le déficit de culture assurantielle dans les pays francophones, et les fraudes récurrentes dans l’assurance automobile, notamment via des attestations manuelles détournées», note-t-il. Pour y remédier, le groupe dit avoir activement contribué à la dématérialisation des souscriptions automobiles, en cours d’implémentation par l’ASAC au Cameroun dès mars 2026.


