L’art de l’observation l’emporte une fois de plus sur l’action à Douala. La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale a entamé la semaine comme elle avait achevé la précédente, s’enfermant dans une paralysie presque parfaite. L’indice général BVMAC All Share Index est resté strictement figé à 1147,20 points. Une léthargie de façade qui masque pourtant une réalité beaucoup plus frustrante pour les courtiers de la zone CEMAC, puisque les investisseurs ont faim de papier mais refusent d’acheter à n’importe quel prix.
La physionomie des carnets d’ordres au coup de cloche final trahit ce blocage psychologique profond. Les investisseurs se bousculent timidement au portillon pour ramasser des actions de la Société des eaux minérales du Cameroun ou de la banque équato-guinéenne Bange, mais les vendeurs exigent des primes que le marché n’est pas prêt à payer. L’exemple le plus frappant de la journée reste celui du réassureur gabonais SCG-Ré. En dépit d’intérêts acheteurs et vendeurs bien réels inscrits en carnet, aucune transaction n’a pu être matérialisée, l’offre refusant catégoriquement de s’ajuster à la demande.
Dans ce contexte de méfiance réciproque et de confrontation invisible, seules deux micro-opérations sont venues sauver la séance d’un zéro pointé technique. Trois petits titres du forestier Safacam ont changé de mains au prix unitaire de 33000 FCFA, tandis que l’agro-industriel Socapalm n’en mobilisait que vingt au cours inchangé de 55000 FCFA. Un volume global de transactions d’à peine 1,199 million de FCFA qui pèse bien peu face à une capitalisation flottante globale qui stagne désespérément à un peu plus de 74,2 milliards de FCFA.
Pourquoi le marché des obligations CEMAC reste-t-il totalement bloqué ?
Le compartiment obligataire n’offre pas un meilleur spectacle aux observateurs internationaux. Les trente-deux lignes de dettes souveraines et privées sont restées totalement muettes au cours de la journée. En zone CEMAC, le marché secondaire de la dette souffre d’un mal endémique que les spécialistes appellent le syndrome de la conservation à l’échéance. Les banques commerciales, principales détentrices des obligations du Cameroun, du Gabon ou du Tchad, préfèrent logiquement conserver leurs titres en portefeuille pour l’encaissement des coupons plutôt que de les négocier sur un marché institutionnel peu liquide.
Il faut finalement se tourner vers la gestion collective pour trouver un semblant de relief, bien que celui-ci s’avère hautement technique. Le fonds Harvest Trésorerie affiche une baisse faciale de sa valeur liquidative de plus de 88%. Un mouvement spectaculaire qui, loin de traduire une déroute financière ou une mauvaise allocation des actifs par la société de gestion, illustre généralement une division de la valeur de la part pour la rendre plus accessible aux petits épargnants camerounais.
À défaut de mouvements de cours significatifs, cette première séance de la semaine confirme une tendance lourde pour l’investisseur étranger désireux de se positionner en Afrique centrale. La place boursière de Douala reste un marché d’institutionnels très rigide où la patience et la négociation de gré à gré restent les premières des vertus.


