Le thermomètre financier de la zone CEMAC, l’indice BVMAC All Share, a conservé sa trajectoire rectiligne ce jeudi en clôturant à 1 147,20 points. Cette stabilité de façade occulte pourtant un mouvement de fond significatif dans le compartiment obligataire. L’événement majeur réside dans l’échange de seulement 16 titres de la ligne État du Gabon, référencée EGA15, au prix de 97 % du nominal. Ce flux, bien que modeste avec une valeur de transaction limitée à 157 833 FCFA, a provoqué une appréciation de 0,78 % du cours de la valeur. Par un effet de levier mécanique sur le stock de dette, cette variation a suffi à réévaluer l’encours global des dettes cotées, lequel progresse de 1 386,515 milliards de FCFA la veille à 1 387,012 milliards de FCFA à la clôture de ce jour. Ce gain de valorisation théorique de 496,8 millions de FCFA illustre la sensibilité extrême d’une place financière où la rareté du papier souverain transforme chaque transaction en un séisme statistique.
Cette envolée technique de la dette contraste brutalement avec la léthargie du compartiment des actions. Le dynamisme observé lors des séances précédentes s’est brusquement évaporé, laissant place à une activité minimale. Une unique transaction de 200 titres Safacam a été enregistrée au cours stable de 33 000 FCFA, générant un chiffre d’affaires global de 6,6 millions de FCFA. Au-delà de ce faible volume, c’est la configuration du carnet d’ordres qui suscite l’interrogation. Pour la première fois depuis plusieurs cycles, l’offre de vente sur la filiale de Socfin explose avec 905 actions en quête de preneurs, face à une demande résiduelle de seulement 40 unités. Ce déséquilibre structurel laisse présager une pression baissière ou, à tout le moins, une volonté de retrait des investisseurs institutionnels sur les valeurs agro-industrielles camerounaises.
Dans ce contexte de marché secondaire direct grippé, la gestion collective confirme son rôle de moteur de substitution. Les Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM), continuent de capter la performance que les lignes directes ne parviennent plus à produire avec régularité. Le fonds ASCA Patrimoine s’illustre particulièrement avec une progression hebdomadaire de 0,12 %, portant son rendement depuis l’origine au niveau record de 57,70 %. Cette capacité des sociétés de gestion à extraire de la valeur d’un marché étroit confirme une mutation profonde de la place boursière de Douala. La BVMAC devient progressivement un marché d’arbitrage professionnel où l’investisseur particulier trouve davantage son compte dans les véhicules de placement collectif que dans la détention directe de titres vifs.
La physionomie de cette séance du 26 mars 2026 rappelle l’urgence d’une diversification de la cote. Si la capitalisation boursière globale parvient à se maintenir à 504,544 milliards de FCFA, elle repose sur un socle de liquidité de plus en plus concentré. L’absence persistante de contrepartie sur les titres bancaires et l’engorgement soudain de l’offre sur les valeurs forestières soulignent la fragilité du flottant actuel. Pour les décideurs de la zone CEMAC, le défi reste entier : fluidifier les échanges pour que la BVMAC ne soit plus seulement une chambre d’enregistrement de variations techniques souveraines, mais un véritable catalyseur de financement pour l’économie privée régionale.


