La trajectoire des projets de crypto en RCA commence en avril 2022, lorsque le pays devient le premier en Afrique et le deuxième au monde après le Salvador à adopter le bitcoin comme monnaie légale, aux côtés du Franc CFA. Mais l’euphorie est brève. Lancé en juillet 2022, le Sango Coin, adossé aux ressources naturelles, s’essouffle rapidement. Le rapport intitulé « Behind the Blockchain : cryptocurrency and criminal capture in the Central African Republic » publié le 1er février 2026, révèle que seuls 10 % des jetons sont vendus en deux ans, générant moins de 2 millions d’euros. En mars 2023, sous pression du FMI et de la BEAC, le pays doit retirer au bitcoin son statut de monnaie légale.

L’échec est aussi structurel. Avec seulement 15,7 % d’accès à l’électricité et un PIB par habitant qui stagne à 467 USD, la « finance du futur » reste un outil élitiste, inaccessible à une population dépourvue d’infrastructures de base.

Dérives et tokenisation sauvage

Le dernier acte se joue en février 2025 avec le $CAR, un jeton sur Solana marqué par des soupçons de manipulation. Un portefeuille lié au développeur a capté 79 % de l’offre avant le lancement, provoquant un krach immédiat de 85 %. Plus inquiétant, la loi de juillet 2023 sur la tokenisation des ressources permet désormais de convertir terres et forêts en actifs numériques. En mai 2025, un décret autorise la tokenisation de 1 700 hectares dans la Lobaye. Ce modèle permet d’acquérir des concessions de 99 ans sans vérification d’identité (KYC) ni contrôle anti-blanchiment. Selon le rapport de l’Initiative globale contre le crime organisé (GI-TOC), ce mécanisme « sans paperasse » offre un sanctuaire numérique aux réseaux criminels et aux conseillers de l’ombre.

Un coût national lourd

Au-delà des pertes directes (les moins de 2 millions d’euros générés en deux ans par le Sango coin), ces projets ont détourné des fonds qui auraient pu financer l’énergie ou l’éducation. En tentant de sauter les étapes d’un système bancaire solide, la RCA a affaibli ses fonctions régaliennes. Sans traçabilité fiscale ni registre foncier fiable, la promesse d’émancipation s’est muée en un outil de capture des ressources, hypothéquant la souveraineté nationale au profit d’intérêts opaques.

Share.
Leave A Reply Cancel Reply
Exit mobile version