Awae, localité située à environ 50 km de Yaoundé, dans le département de la Mefou-et-Afamba, Région du Centre. Jadis connue pour la culture du cacao, du café, du manioc et du plantain, la cité est devenue l’un des grands bassins de production d’ananas que compte le Cameroun. Ici, plusieurs entrepreneurs agricoles se sont installés. « A travers notre entreprise Ananaszan Sarl, nous produisons aujourd’hui sur près de 70 hectares d’ananas. Nous employons environ 80 personnes. Les Ananas que nous produisons ici sont exportés vers l’Union européenne, via notre partenaire Tropical Fruit Export avec qui nous travaillons depuis plus de dix ans. En même temps, nous avons mis sur pied une petite unité de transformation de jus d’ananas (fruZam) qui nous permet de limiter les pertes post-récoltes », souligne Armand Miaffo, PDG d’Ananaszan Sarl.
Ce dernier, comme d’autres producteurs du bassin d’Awae, bénéficie de l’accompagnement de la Banque Africaine de développement (BAD), à travers le Projet de développement des chaînes de valeurs agricoles (PD-CVA), lancé en décembre 2016. « La BAD à travers le PD-CVA nous a facilité la tâche dans l’écoulement de nos produits grâce à des routes réhabilitées. Nous avons aussi bénéficié de formations dans l’élaboration des business plan et des contrats avec des partenaires…Grâce au PD-CVA, les producteurs vont installer une unité d’extraction de jus d’ananas à Awae, ce qui va limiter les pertes post-récolte quand il y a une surproduction d’ananas sur le marché », relate Armand Miaffo.
A Awae, l’on retrouve aussi des femmes, propriétaires des plantations d’ananas. C’est le cas par exemple de Elise AVA qui dispose de près de 40 hectares en production à Ekiembie II. « Les formations acquises auprès du PD-CVA sur l’élaboration et la gestion des contrats, la conception des business plan, nous donnent la capacité de gérer notre activité. On n’évolue plus comme l’agriculteur « lambda ». Je suis reconnaissante envers le PD-CVA qui a mis en exergue l’aspect genre. A Awae on savait que c’était les hommes qui étaient à la tête des exploitations et les femmes n’étaient là que pour des petites tâches. Mais à ce jour, je suis la preuve que même une femme peut diriger une exploitation. Grâce aux formations, je peux parler ananas, peut-être pas là où les ingénieurs parlent. Je sais déjà choisir la semence par exemple, ce qui n’était pas le cas avant », souligne Elise AVA, Présidente de la Coopérative des exploitants agricoles d’Ekiembie 2 (Coopea-EK2).
Les producteurs travaillent sous la supervision directe des encadreurs CETA (Club d’encadrement technique pour l’ananas). « Nous sommes chargés de veiller à ce que les producteurs du bassin d’Awae aient un encadrement technique rapproché en termes de conseils. Aussi, en prélude à l’installation d’une unité d’extraction de jus d’ananas, nous devons nous rassurer de la disponibilité de la matière première pour ravitailler cette unité », explique Pamela Awoa Evina, Cadre filière ananas, bassin de production d’Awae.

Désenclavement de 50 km de routes
Le bassin d’ananas d’Awae est présenté comme le plus grand du Cameroun avec 1000 hectares en production. « Ici, le PD-CVA a permis de désenclaver 50 km de routes pour un montant de près d’un milliard de francs CFA. Cela permet l’écoulement de nos produits sans difficulté comme c’était le cas avant. Les routes en question sont praticables et tous les acteurs de la filière ananas sont satisfaits », a indiqué André Ateba Ateba, secrétaire exécutif de la Confédération des acteurs de la filière ananas d’Awae. « En dehors de cet appui, nous avons bénéficié des formations et des renforcements de capacités notamment sur l’itinéraire technique, parce que le souci majeur est de labéliser l’ananas d’Awae à travers un itinéraire technique harmonisé. Ce qui a été fait par le PD-CVA », a-t-il précisé. Il ajoute : « A travers ce projet, nous avons été sensibilisés sur comment structurer les groupes pour être plus crédibles auprès des partenaires. Nous saluons la venue du PD-CVA dans notre bassin ce qui a contribué à booster la production et à créer de nouveaux emplois », a conclu M. Ateba Ateba.
Convention avec l’IRAD
Dans le but d’améliorer la qualité des rejets produits dans les bassins de production, le PD-CVA a signé une convention avec l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD). C’est cette convention avec l’IRAD qui a permis de mettre sur pied six hectares de parcelles semencières, soit 360 000 rejets purifiés, qui sont répandus dans le bassin de production du Littoral, et dans le bassin de production de l’Est. « Ces six hectares nous ont permis à ce jour de récolter des rejets qui ont été distribués aux producteurs. Nous faisons le suivi des parcelles qui ont été mises sur pied avec des rejets de qualité. Nous souhaitons que cette convention aille jusqu’à son terme, parce qu’elle permettra à la filière ananas d’avoir des rejets de qualité qui pourront être multipliés selon le cahier de charges de la recherche camerounaise », fait savoir Alain Jacques Ndongo, Coordonnateur filière ananas, PD-CVA-Rhorticam (Réseau des opérateurs des filières horticoles du Cameroun).
Il précise que la Banque Africaine de développement a permis à la filière ananas d’être subventionnée, ce qui n’avait jamais été fait par un projet de l’Etat. « Nous avons commencé par ressortir 5 grands bassins que couvre le projet et à ce jour, les deux meilleurs, à savoir, le bassin de production d’Awae et celui du Moungo bénéficieront de deux unités d’extraction de jus d’ananas. Il y a eu beaucoup de renforcement des capacités des acteurs, après sensibilisation et structuration, parce que jusqu’à ce jour, les activités sont pérennes et c’est pourquoi la BAD et le projet ont trouvé mieux de doter la filière ananas d’encadreurs CETA). A Awae il y a 3 encadreurs et dans le Moungo, il y en a trois également. Il est question ici de développer l’approche encadrement rapproché de nos producteurs et transformateurs sur le terrain », renchérit Alain Jacques Ndongo.
« Grâce au PD-CVA, nous avons formé 1 500 jeunes et favorisé la création de près de 600 start-ups dans le secteur agricole. Ces entreprises ont un très grand potentiel dans la transformation agricole, dans toutes les chaînes de valeurs. Avec l’implication graduelle des banques dans les financements, ces start-ups vont réellement dynamiser les chaînes de valeurs ananas. Nous travaillons dans toutes les chaînes de valeurs de l’agriculture, mais en priorité sur l’ananas, le palmier à huile et le bananier plantain. Le projet n’est pas encore terminé, mais nous tendons vers sa fin. Nous pensons que d’ici là, nous aurons beaucoup plus de réalisations à montrer », relate, confiante, Marie- Jeanine Nkodo, Coordonnatrice nationale du PD-CVA.
A Awae, il est prévu la construction d’un marché rural d’ananas et de deux stations de conditionnements. Le PD-CVA en 2026 représente une lueur d’espoir pour les agriculteurs et les jeunes entrepreneurs agricoles. Grâce à une approche intégrée qui allie infrastructures de soutien, développement de l’agro-industrie, entrepreneuriat jeunes et respect des sauvegardes environnementales et sociales, ce projet contribue à la sécurité alimentaire et augure un avenir prospère et durable pour les bénéficiaires.
Hervé Fopa Fogang, envoyé spécial à Awae