Tronçon Ketta-Djoum :La route qui connecte Yaoundé à Brazzaville et ouvre l’opportunité d’un marché régional élargi

Il y a de cela quelques années, emprunter le tronçon Ketta-Djoum était un parcours de combattant. « Djoum était pratiquement coupé du reste du pays pendant la saison des pluies. Les populations produisaient, mais impossible d’écouler les produits qui pourrissaient. C’était très difficile », témoigne Sa Majesté Vincent Foumane Ngane, Maire de la Commune de Djoum. Mais ça c’était avant. Aujourd’hui, ça roule. Sans secousses, sans crainte.
Cette route construite avec le concours de la Banque africaine de développement (BAD) facilite le transport. « Nous avons par exemple des agences comme Rapid Express qui fait Yaoundé-Djoum-Mintom. Il y a aussi des agences qui partent de Douala et Yaoundé pour Brazzaville. Je peux citer Buca voyages, Finexs, Touristique, United. Les camions transportent le bois et roulent sans difficulté. Ce qu’on ne voyait pas avant et c’est une grande joie pour nous », souligne Frederic Mvondo Mekulu, habitant de Djoum.
Pour Vincent Foumane Ngane, la route Ketta-Djoum aura tout apporté à sa commune. « On dit souvent que là où la route passe, le développement suit. Cette route favorise le déplacement. Nous écoulons nos produits, le transport est facilité. Djoum n’a pas que profité de la route. Il y a des réalisations connexes comme la construction des clôtures dans certaines écoles, des adductions d’eau, des infrastructures sportives. Cerise sur le gâteau, nous avons une gare routière qui est en cours de construction dans le cadre du projet. Cette réalisation va changer la physionomie de Djoum. C’est un carrefour avec l’axe Yaoundé-Sangmelima, et deux autres axes qui vont au Congo et au Gabon », va-t-il renchérir.
Hervé Fopa Fogang, envoyé spécial à Djoum
Emmanuel Nganou Djoumessi
« Le volume et la nature des marchandises à destination du Congo-Brazzaville ont connu une évolution significative »
Le Ministre des Travaux publics revient dans cet entretien sur les retombées de la construction de la route Ketta-Djoum.

Quel est l’apport de la Banque africaine de développement dans la réalisation du Projet Ketta-Djoum?
Le Projet de route Ketta-Djoum et de Facilitation des transports sur le corridor Yaoundé-Brazzaville a été subdivisé en deux (02) phases. Phase I : Aménagement de la section Djoum-Mintom-Akom longue de 98,850 km. Phase II : Aménagement de la section Mintom-Lélé-Ntam-Mbalam longue de 120,50 km. Le linéaire total de routes aménagées est de 219,350 km.
L’axe Ketta-Djoum est un maillon du Corridor de développement n°29 (CD29) du Plan directeur consensuel des transports en Afrique centrale (PDCT-AC), long de 1.624 km (Yaoundé – Sangmelima – Djoum-Mintom – Mbalam – Ntam – Souanke – Sembe – Ouesso – Owando – Oyo – Brazzaville).
Son aménagement a été rendu possible avec le concours financier des divers partenaires techniques et financiers (PTF) avec comme chef de file le Groupe de la Banque africaine de développement dont la contribution cumulée pour les deux phases est d’environ 92 milliards de FCFA (soit 57,96%) sur un financement global mobilisé de 158,186 milliards FCFA. Il convient de souligner que l’engagement de la BAD a servi de levier pour la mobilisation des ressources auprès des partenaires stratégiques du secteur des transports que sont la JICA et la BDEAC
Qu’est ce qui a changé avec l’aménagement de la route Ketta-Djoum ?
Le Projet d’aménagement de la route Ketta-Djoum, phase 2, a induit des changements structurels majeurs dans sa zone d’impact, notamment au sein des communes de Mintom et de Ngoyla, en particulier dans les localités traversées par le projet. À titre illustratif, entre 2020 et 2025, ces communes ont enregistré une croissance démographique globale estimée à environ 10 %, résultant de l’attractivité territoriale accrue et d’une mobilité croissante des populations d’origines diverses (Bamiléké, Bamoun, Eton, Haoussa, entre autres). Cette dynamique démographique s’est accompagnée d’un renforcement du tissu économique local, marqué par l’essor des activités forestières, agricoles et commerciales, ainsi que par la création de nouveaux services de base (station-service, une radio communautaire, centre de santé…)
Le secteur agricole affiche des performances encourageantes, caractérisées par une augmentation modérée des volumes de production de cacao, de banane plantain, de palmier à huile et des cultures vivrières. Cette évolution traduit une extension des superficies emblavées, un meilleur accès aux marchés et aux intrants agricoles.
Sur le plan social, la construction et la réhabilitation de blocs de salles de classe, de centres de santé et de latrines ont contribué à l’amélioration du cadre d’apprentissage des élèves, de la prise en charge sanitaire des populations et des conditions générales de vie. En outre, le volume et la nature des marchandises à destination du Congo-Brazzaville ont connu une évolution significative. Ces flux commerciaux, en provenance principalement du Tchad, des régions septentrionales du Cameroun, ainsi que des régions de l’Est, de l’Ouest et du Littoral, ont entrainé une augmentation des recettes douanières.
Enfin, le système de transport local a été profondément restructuré, se traduisant par une réduction substantielle de coûts de transport et de la durée des voyages, ainsi qu’une amélioration notable de la qualité et de la fréquence des services de transport. Concrètement, depuis 2023, deux agences de transport font désormais la ligne Yaoundé-Ntam (frontière Congo) deux fois par semaines. Aussi, l’achèvement des travaux a contribué à la réduction considérable des coûts de transport (de 35 000 F CFA à 12 000 FCFA en moyenne) et du temps de transport (3 jours à 06 heures) entre Yaoundé et Ntam.
Quelles sont les infrastructures connexes réalisées en marge du projet ?
Les populations riveraines du projet notamment celles de la ville de Djoum, Mintom et Ntam ont bénéficié dans le cadre de la contribution des divers PTFs (JICA, BDEAC) y compris la BAD des infrastructures socioéconomiques à savoir (liste non exhaustive):
– Une (01) gare routière ;
– Un (01) Centre des Affaires Sociales ;
– Trois (03) Centres Multifonctionnels pour les femmes
– Un (01) Centre Multifonctionnel pour les jeunes
– Quatre (04) Ecoles avec (blocs de trois (03) salles de classe + Administration + Latrine et bloc Directeur) ;
– Deux (02) Hangars de stockage des produits agricoles ;
– Deux (02) Centres de Santé avec équipements de base ;
– Trente (30) Latrines ;
– Dix (10) puits d’eau ;
– Trente (30) forages.
Quelle a été la contrepartie du Gouvernement dans ce chantier ?
La contrepartie du Gouvernement dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet est de 14,777 milliards de FCFA, soit 9,34% du financement. Il est à préciser que le Gouvernement de la République du Cameroun avait aussi à charge la libération totale de l’emprise de la route du montant total de 1 991 109 075 Francs CFA.
Propos recueillis par Hervé Fopa Fogang
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