Cameroun : La pression fiscale portée à 14,1% du PIB d’ici 2029

Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a présenté le 3 juillet 2026 le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029 devant la Commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale. Sur ce triennat, la politique fiscale vise l’accroissement de la mobilisation des recettes fiscales non pétrolières et la poursuite de l’amélioration de l’environnement fiscal des affaires.
La fiscalité demeure l’un des principaux freins à la performance des entreprises au Cameroun. Pression fiscale élevée, instabilité du système et multiplicité des contrôles entravent la compétitivité et freinent les investissements, alors même que le gouvernement prévoit, sur la période 2027-2029, de porter la pression fiscale à 14,1 % du PIB.
Pour répondre à ce constat, le gouvernement s’appuie sur cinq leviers, avec une attention particulière portée à la fiscalité. L’objectif : garantir la résilience de l’économie nationale, renforcer la confiance des contribuables et des investisseurs, et assurer une mobilisation optimale des recettes sans compromettre la croissance, dans un contexte de persistance des chocs économiques.
Le premier levier porte sur la simplification progressive des obligations fiscales, en particulier pour les petits contribuables, « afin de réduire les coûts de conformité et de favoriser l’adhésion à l’impôt », précise le document. S’y ajoutent la poursuite de l’amélioration de la communication et de l’éducation fiscales ; la rationalisation des taux d’imposition des revenus du travail ; la consolidation de la fiscalité locale comme instrument de financement durable de la décentralisation et de responsabilisation des collectivités territoriales décentralisées ; et enfin la poursuite de l’arrimage de la législation interne aux nouvelles directives de la CEMAC, portant sur l’harmonisation de l’imposition des revenus et des bénéfices, ainsi que sur celle des procédures fiscales.
Les grands axes du triennat
Le DPBEP définit la trajectoire économique et budgétaire de l’État pour les trois prochaines années, en cohérence avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Il met l’accent sur la mobilisation des ressources internes, l’efficacité de la dépense publique, le financement des infrastructures, l’industrialisation et le développement du capital humain.
Les mesures de politique fiscale s’appuieront notamment sur l’élargissement de l’assiette fiscale, à travers la rationalisation des régimes dérogatoires et une meilleure articulation des dépenses fiscales avec les priorités de transformation structurelle de l’économie ; le renforcement de la fiscalité environnementale, en ligne avec les engagements internationaux du Cameroun ; le renforcement de la fiscalité des activités extractives, notamment aurifères, dont le potentiel fiscal est jugé significatif, afin d’accroître la contribution de ce secteur au budget de l’État et des collectivités territoriales décentralisées ; ainsi que la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale.
De façon générale, le Cameroun a articulé son prochain triennat autour de quatre priorités : le renforcement des infrastructures (barrage de Nachtigal, approvisionnement en eau potable de Douala et Yaoundé, réseau routier national) ; la relance agricole via le PIISAH ; l’industrialisation à travers le Programme d’impulsion initiale (P2I) et la restructuration de la Sonara ; et le renforcement de la protection sociale (assurance santé, Registre social unifié, Fonds de solidarité national).
Les recettes totales de l’État sont projetées à 5 652,2 milliards de FCFA en 2027, en hausse de 2,6 % par rapport à 2026, tandis que les dépenses budgétaires atteindraient 6 586,2 milliards de FCFA. Ces prévisions restent toutefois conditionnées à la signature d’un nouveau programme économique et financier avec le FMI, censé mobiliser des appuis budgétaires essentiels à la couverture des besoins de financement, évalués à plus de 3 000 milliards de FCFA pour 2027. À l’ouverture du Débat d’orientation budgétaire (DOB), le 6 juillet dernier à l’Assemblée nationale, certains députés ont toutefois émis des réserves sur la perspective d’un nouveau programme avec le FMI, plaidant pour d’autres modèles de financement susceptibles d’assurer la soutenabilité budgétaire.
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