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Aquaculture : Le déficit structurel plombe la filière dans la région du Sud

Landry TYAGA20 juillet 2026Mis à jour le 20 juillet 2026Temps de lecture 3 min
Aquaculture : Le déficit structurel plombe la filière dans la région du Sud
L'ECONOMIE

(Leconomie.info) – Les difficultés d’accès aux intrants (alevins et aliments), la rareté des financements et la faible structuration de la chaîne de valeur constituent autant d’obstacles majeurs à l’éclosion de ce secteur prometteur.

Dans les habitudes alimentaires du consommateur camerounais, particulièrement dans la région du Sud, le silure (Clarias) occupe désormais une place de choix. Ce poisson, très prisé pour sa chair blanche et succulente, se consomme « à toutes les sauces ». Etouffé traditionnellement dans des feuilles de bananier, braisé, ou encore accommodé à la tomate et aux épices de saison.

Pour arriver jusqu’aux papilles du consommateur final, le parcours du silure commence chez le pisciculteur. Installé au quartier Dombè, lieu-dit Ebobisse à Kribi, Jean Pierre Salla fait partie de ces entrepreneurs qui se battent pour l’import-substitution. Sa structure, Ets agro-pastoral Buangsa Mpbeh, spécialisée dans la pisciculture hors-sol, produit actuellement quatre à cinq tonnes de Clarias par mois, soit environ 60 tonnes à l’année. Il ambitionne d’atteindre 10 tonnes le mois à court terme.

Pourtant, la filière, bien qu’elle attire de nombreuses vocations, n’est pas un long fleuve tranquille. « L’un des problèmes auxquels nous faisons face est celui de l’accès à l’aliment de qualité », explique Jean Pierre Salla. L’alimentation de son élevage reste fortement dépendante des importations.

La question de l’accès au crédit n’est pas secondaire. L’entrepreneur regrette que « nous n’avons pas accès au crédit auprès des établissements financiers, peut-être parce que les garanties sont insuffisantes. » Pour y remédier, il propose que « les pouvoirs publics puissent servir de caution aux entreprises déjà installées. »

Un déficit national persistant

Au niveau national, le Cameroun fait face à un déficit structurel estimé à environ 270 000 tonnes de poisson par an, la production locale plafonnant autour de 225 000 à 230 000 tonnes pour une demande intérieure évaluée à 500 000 tonnes. En 2025, le pays a importé plus de 267 000 tonnes de poisson congelé, pour une facture de 230,8 milliards de FCFA — soit une hausse de 38 % en valeur sur un an, la facture progressant plus vite que les volumes en raison du renchérissement du poisson sur le marché international. Ce déséquilibre pèse lourdement sur la balance commerciale et les réserves de devises.

Dans la région du Sud, riche en potentialités aquacoles grâce à son climat et ses nombreux cours d’eau, la production locale peine encore à décoller malgré une forte demande, notamment pour le silure.

Les réponses gouvernementales

Le gouvernement affirme avoir pris le taureau par les cornes. Selon Fabrice Paul She, délégué régional de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales pour la région du Sud, « le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH 2024-2026) vise à réduire significativement la dépendance aux importations en portant la production nationale vers 450 000 tonnes d’ici 2030. » Des formations sur la fabrication locale d’aliments, la reproduction d’alevins améliorés de Clarias et l’accès au financement via la Banque des PME sont d’ailleurs en cours.

Parallèlement, le Projet de développement des chaînes de valeur de l’élevage et de la pisciculture (PDCEVP/PD-CVEP), soutenu par la Banque africaine de développement (environ 55 milliards de FCFA), finance la modernisation des infrastructures, la distribution de géniteurs améliorés (Clarias et tilapia à croissance rapide) et le renforcement des capacités des acteurs. L’objectif intermédiaire est d’ajouter 10 000 tonnes supplémentaires à la production nationale d’ici 2027.

Malgré ces initiatives, les acteurs de terrain comme Jean Pierre Salla attendent des mesures plus concrètes et rapides, dont un accès facilité au crédit, la production locale d’aliments à prix compétitif et une meilleure organisation de la filière.

La filière aquacole dans le Sud, et au Cameroun en général, dispose d’un potentiel énorme. Sa pleine exploitation pourrait non seulement réduire le déficit commercial, mais aussi créer des emplois durables et renforcer la sécurité alimentaire.

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Tags :Actualité du CamerounaquacultureCamerounPDCEVP/PD-CVEPRégion du Sud
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